• 25 octobre, 20h, à l'Hôtel LENOX Montparnasse (15 rue Delambre, 75014)

    Les Obsédés Textuels présentent :

    Ecrits dans la marge : Transgressions, folies et catastrophes

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  • - Chronique publiée/Marianne/Agora/présidentielles





     



    Banlieues : de la fracture à la rupture





    Par Karim Amellal, auteur, maître de conférence à Sciences-Po




     



    De communication, aujourd'hui, l'on a grand besoin. Je ne parle pas, bien sûr, de cette communication-marketing qui pollue le champ politique, mais d'échange constructif, de rencontre par-delà les tribus culturelles et les classes sociales. Ce sont là les clés du pluralisme. Or ce qui règne, c'est la distance, partout, et en politique plus qu'ailleurs.

    La fracture entre les élites et le peuple est immense. C'est une perversion lourde, et ancienne, de la démocratie représentative. Ce qui frappe, désormais, c'est la disqualification totale des personnages politiques et, pire, de la Politique elle-même, ainsi que l'ampleur sans précédent de la défiance qui en résulte.
    D'ailleurs, certaines franges de la population accumulent depuis quelques années davantage de rancœur et de méfiance à l'égard de la politique et des hommes politiques. Ce sont les habitants des « quartiers sensibles ». Et il ne s'agit pas que des jeunes, des personnes issues de l'immigration ou des « déclassés », il s'agit de toute cette France distante des centres-villes, qui vit à l'ombre du béton, de cette France qui souffre de la délinquance, de l'exclusion, de la ségrégation.

    Trente années d'atonie, de mensonges et de capitulations ont achevé de convaincre cette France-là que rien n'était à espérer du côté des politiques. Tous les maux intriqués et concentrés sur ces quelques arpents de la République – de la délinquance à l'extrême pauvreté - n'ont reçu de la part des gouvernements successifs que pansements absurdes et paroles effrénées. Alors, dans ces conditions, comment faire confiance aux politiques ? Comment croire aux vertus de la politique ? Vers qui se tourner, sinon vers les extrêmes ou le néant qui, le jour du vote, induiront deux comportements que l'on ne connaît que trop bien dans notre démocratie délabrée : le vote Front National et l'abstention rageuse.

    Il y a à peine un an, je signais dans les colonnes du Monde une tribune intitulée « Une défiance colossale ». C'était en pleines émeutes urbaines et j'essayais d'y expliquer que les jeunes qui brûlaient des voitures, aussi inexcusables fussent-ils, avaient tout de même quelques raisons d'être mécontents. Un an après, les mêmes jeunes sont toujours là. Ils sont encore reclus dans leurs cités, avec moins de chances que bien d'autres de rester à l'école, de faire des études supérieures, de devenir ingénieur ou médecin. Alors, qu'est-ce qui a changé ? Si peu de choses... Un ministre délégué à l'égalité des chances a été nommé, une loi sur l'égalité des chances a été promulguée, la Halde a été installée, ses pouvoirs ont été légèrement renforcés, une Charte de la diversité circule, quelque part... Mais qu'est-ce qui a vraiment changé ? Est-ce que les discriminations ont reculé ? Est-ce que le taux de chômage, dans les zones urbaines sensibles, a diminué ? Est-ce que la déscolarisation – qui concerne 150 000 élèves par an, a régressé ? Où sont les chiffres, hormis ceux de la délinquance qui n'en finissent pas d'augmenter ? Est-ce qu'il y a plus d'espoir, davantage de bonheur ; est-ce que les jeunes ont moins de raisons qu'hier de brûler des voitures ? Non, bien sûr, au contraire !

    Car leur défiance, elle, a sensiblement évolué. Elle n'est plus la même qu'il y a un an. Elle a doublé de volume. Elle est comme un ganglion qui affleure à la surface de la peau, qui signale une tumeur, dans les limbes, sous le corps, qui enfle et se repaît du silence ambiant. Et dans ce contexte, que font les politiques, l'élection présidentielle se profilant à l'horizon ? Ils font ce qu'ils ont toujours fait : ils surfent. La vague est toujours la même. Depuis 2002, c'est la peur. Quant aux questions essentielles - l'emploi, le logement, l'éducation -, elles disparaissent peu à peu, écartées du débat, politiquement inopportunes.

    A droite comme à gauche, les deux principaux candidats – d'ores et déjà propulsés au second tour par la médiarchie – s'en donnent à cœur joie. Sarkozy pointe du doigt l'insécurité alors que sa politique de lutte contre la délinquance est un colossal échec, mis en lumière tant par les chiffres de l'Observatoire national de la délinquance que par la note d'un préfet de la République – a priori peu coupable de « gauchisme » ! Quant à Ségolène, depuis sa visite à Bondy en mai dernier, elle lui emboîte le pas, sans frémir, sans sourciller, sans scrupules. Défenseuse de l'ordre et parangonne de la vertu, mais tout de même encore vaguement de gauche, ça ne la gène pas de proposer « un placement d'office dans un service à encadrement militaire » ou la conditionnalité des prestations sociales (qui, du reste, existe déjà depuis la loi sur l'égalité des chances !). Mais sur les indispensables pré-requis d'une politique sécuritaire juste et légitime : la prévention, le social, la rénovation du cadre urbain, l'égalité réelle, l'école, il n'y a rien, rien que des mots vagues pour définir des situations effrayantes.

    Alors les repères sont brouillés. La rhétorique de la rupture est une vaste blague pour qui vit aujourd'hui dans les quartiers ! Le débat – déjà ! – tourne court. Jeunes et moins jeunes commencent à rire lorsqu'ils entendent Sarkozy proposer un - le combientième ?! – projet de loi sur la délinquance, ou la sécurité intérieure, on ne sait plus très bien. Jeunes et moins jeunes rigolent lorsqu'ils écoutent Ségolène parler de démocratie participative tout en la voyant brandir son bâton de gendarme en Seine-Saint-Denis. Ailleurs, en embuscade, l'extrême-droite pavoise.

    Certains s'étonnent en ce moment de la résurgence des violences, dirigées, celles-ci, contre des policiers. Souvenons-nous, il y a un an, les mêmes ne comprenaient pas ces jeunes qui brûlaient des voitures. Triste similitude, aisément explicable : la défiance, au sens propre comme au sens figuré.














    Lundi 23 Octobre 2006



    Karim Amellal



     




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