• 30% de boursiers dans les grandes écoles ? oui !!!!

    Dans un texte publié le 23 décembre dernier, la CGE (conférence des grandes écoles) s'est déclarée opposée à l'objectif de 30% d'élèves boursiers dans les établissements qu'elle représente, craignant notamment que ce qui est, à tort, perçu comme l'imposition de quotas conduise à un nivellement du niveau moyen par le bas, autrement dit à une baisse du niveau des élèves admis par le concours dans les grandes écoles.

    Pour ces grandes écoles, une ouverture sociale plus importante induirait mécaniquement un affaissement du niveau des élèves. Etrange raisonnement qui signifie que les élèves boursiers seraient moins bons que les non-boursiers, que la valeur d'un étudiant se mesure au nombre de zéro sur le compte en banque de ses parents... Plus on est riche, meilleur on est. C'est à peine caricatural...

    Non, bien sûr, une plus vaste ouverture sociale ne signifie pas mécaniquement une chute du niveau moyen. Non, l'aménagement des procédures de sélection n'induit pas forcément que l'on doive recruter des élèves académiquement moins bons. L'exemple de Sciences Po le prouve depuis la mise en place des Conventions Education Prioritaire en 2001. Oui, l'objectif d'ouverture sociale, de promotion sociale, de justice sociale, est un objectif légitime qui incombe aux établissements d'enseignement dans leur ensemble et auquel les grandes écoles doivent se soumettre, quitte pour cela à adapter, ajuster leur mode de sélection, sans y renoncer bien sûr.

    En réalité, la position de la CGE masque une crainte beaucoup plus profonde, celle de disparaître, modèle épuisé dans un paysage de l'enseignement supérieur qui évolue très vite, dont les lignes bougent à toute vitesse sous une triple contrainte : d’une part la compétition mondiale qui pousse les universités à atteindre rapidement une taille critique et à adapter leur fonctionnement aux exigences d'un marché mondialisé, sous peine d'être disqualifiées, écartées des classements (Shaghaï, FT...) ; d’autre part la nécessaire standardisation des formations dans le cadre, notamment, du processus de Bologne (3/5/8 et ECTS) ; enfin les choix stratégiques opérés par le gouvernement qui tend, dans une légitime perspective de rééquilibrage entre établissements, à octroyer davantage de moyens aux universités – plutôt qu’aux grandes écoles.

    Tout aujourd'hui concourt à faire des grandes écoles les symboles d'un modèle obsolète : trop petites à l'échelle mondiale, fondées sur une sélection impitoyable et une quête d'excellence qui se fait au seul profit d'une caste d'étudiants favorisés, privilégiés par le milieu social dont ils sont issus, pour lesquels des concours aux épreuves et aux programmes inchangés depuis des lustres constituent l'instrument de la reproduction sociale.


  • Commentaires

    1
    Nemirov
    Dimanche 10 Janvier 2010 à 01:57
    boursiers
    pourquoi les grandes écoles ne veulent pas de boursiers ? pour gagner de l'argent avec les plus riches. Les boursiers ne payent pas de droits de scolarité...
    2
    davy crocket
    Lundi 11 Janvier 2010 à 12:04
    boursiers
    les boursiers ça sert à rien juste reduire le niveau de base qui est deja pas tres eleve meme dans les grandes ecoles qu il faudrait supprimer
    3
    En désaccord
    Mardi 12 Janvier 2010 à 23:53
    boursiers et Grandes Ecoles
    Monsieur Amellal, il me semble que vous passez par des détours qui s'avèrent mener à des erreurs de raisonnement. Oui, il est CLAIR qu'on crée un nivellement vers le bas en ayant une politique de quotas. Pourquoi? Non pas, comme vous ironisez, parce que les Grandes Ecoles les jugent "moins bons", mais parce que sous prétexte qu'ils sont boursiers, on devrait les choisir plutôt que d'autres... La situation des quotas est très simple: un élève, de classe moyenne, donc non boursier, est classé 180ème d'un concours ne sélectionnant que 180 élèves. Cette même école n'a pas son quota de boursiers. Alors pour faire respecter ce quota, on va REFUSER l'accès à cet élève pour repêcher disons le 188ème qui serait boursier. Pardonnez-moi, mais OUI le 188ème est moins bon que le 180ème ! S'il avait été 150ème, il aurait été admis sans passe-droits, ce serait un boursier et on ne l'aurait pas jugé "moins bon" qu'un autre. Ils ne sont jugés moins bons que parce qu'ils ne seraient pas pris si on n'accordait pas ces potentiels passe-droits que vous attendez! Pour les CEP j'aimerais bien avoir accès à des études à ce sujet (je n'en ai pas trouvé), mais je n'ai pas trouvé d'article dithyrambique indiquant que ce projet de sélection d'étudiants SANS CONCOURS, et qui n'auraient pas eu le concours Sciences Po autrement, s'en soient bien sortis ultérieurement. Et je trouve bien facile de s'attaquer aux GE de la défaillance du système éducatif à faire acquérir à une classe d'âge ayant le bac la culture générale minimale (littérature, philosophie et histoire) qui seule est attendue d'un élève passant des oraux de concours! Rappelons quand même que toutes les passerelles (Admissions parallèles) concourent justement à permettre la mixité sociale en donnant accès au travers d'un concours beaucoup moins compétitif aux grandes écoles!
    4
    pauvre
    Samedi 20 Février 2010 à 01:47
    en désaccord aussi.
    D'un milieu social bas, je comprends naturellement que le niveau baisse à cause d'élèves issu de quartiers défavorisés. Une arabe comme moi n'a pas le même langage qu'une élève dont les parent sont professeurs. Je ne pense pas qu'une grande école permette l'élévation sociale, c'est absolument faux. Combien gagne un élève après une grande école ? Je crois plutôt à la stagnation sociale. Tout le reste, ce sont des gens en haut qui croient faire le bien, alors qu'il font le mal. Qu'ils règlent leur problème chez un voyant ou un psy, s'ils veulent être trop généreux.
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