• Au coeur d'une guerre franco-française, par Anyss Arbib


    Au cœur d’une guerre franco-française


    Comme vous le savez sûrement, la journée d’hier fut marquée par la qualification de la France pour la prochaine coupe du monde, mais aussi par la qualification de l’Algérie.
    L’Algérie, ce pays dont beaucoup (plus d’un million) de nos compatriotes sont originaires, se qualifiait pour la coupe du monde pour la première fois depuis un quart de siècle. Un évènement historique qui, on le savait, allait déboucher sur des manifestations de joie exceptionnelle dans les rues de la capitale.
    Ayant bon nombre d’amis se sentant concernés et même honorés par cet évènement, j’acceptai de les accompagner dans ce qui devait être une fête à Paris. Moi, Anyss, Français d’origine marocaine, honnête citoyen et étudiant à Sciences Po, je montais dans cette voiture immatriculée 93 dans le seul but d’assister à un évènement exceptionnel. Par curiosité, pourrait-on dire.
    Dès l’entrée du périphérique, je découvre un mouvement pour le moins exceptionnel. Beaucoup de monde mais aussi beaucoup de festivité ! Toutes ces voitures « habillées » du drapeau algérien se rendant vers le « centre » de Paris avaient, pour la très grande majorité, un seul et même objectif : porter haut les couleurs d’un pays, de leur autre pays, qu’ils chérissent naturellement.
    Accompagné d’un ami qui connaissait bien les rues de Paris, je me retrouvais rapidement au niveau de l’Arc de Triomphe. Le « pacifisme » du début de soirée laissait rapidement à quelques affrontements –tout de même marginaux- entre quelques individus et les forces de l’ordre. Face au danger croissant, nous décidions de rentrer rapidement.
    Seulement, ce qui ne devait être qu’un simple retour à la maison s’est transformé en… une sorte de remise en cause de mon identité, de ma nationalité.
    Les mots sont forts, le moment vécu en cette soirée du 18 novembre l’est au moins –et je pèse mes mots- tout autant.
    A la porte Maillot, nous découvrons, au milieu de bouchons, un Paris, non, une France en guerre contre une partie de ses citoyens.
    Alors bien sûr, certains remettront en cause ma crédibilité ou mon objectivité. Je n’ai que ma bonne foi à proposer, mais je vais tenter de vous décrire au mieux ce à quoi j’ai assisté.
    Des CRS remontés comme des pendules qui, dès la sortie de leurs camions, chargeaient à tort et à travers.
    J’ai vu des pères de famille stationnés sur le bas côté matraqués et humiliés devant leurs enfants.
    J’ai vu des jeunes qui fêtaient la victoire sans aucune violence, mais avec la spontanéité et l’enthousiasme des 20 ans, se faire rouer de coups jusqu’au sang.
    J’ai vu des femmes, des adolescentes même, se faire raccompagner plus que sèchement aux portes de Poitiers… pardon, de Paris.
    J’ai vu des scènes qui m’ont choqué, et qui m’ont fait douter au plus profond de moi-même des valeurs de cette République dont nous (Peuple français) sommes si fiers.
    L’Etat de droits était hier une notion bien abstraite pour ces « forces de l’ordre » censés représenter la Justice. Cette sensation d’impuissance face à l’injustice, à la violence incroyable déployée par les CRS fut simplement paralysante. .. Jusqu’à ce que mon « tour » arrive enfin.
    Quelques hectomètres avant l’entrée du périphérique, je regarde, effaré, un CRS fracturer le nez –d’un coup de matraque net et précis- d’un jeune en voiture. Motif ? Aucun, en apparence. Le CRS vient alors vers nous en demandant ce que l’on regardait. Je réponds que l’on regarde simplement devant nous. Un « ferme ta gueule » qu’il lance alors doit couper court à l’échange. Mais quand je réponds –encore- que l’on est correct avec lui et qu’il n’a pas à user d’un tel langage, la sanction est immédiate : Il me pulvérisa d’un gèle lacrymogène, dans les yeux, et à bout portant. A peine eut-il fini que son merveilleux collègue en remettait une couche.
    La respiration coupé, j’ai cru mourir étouffé. Pour moi, c’était la première agression de ce type et … je ne l’oublierai pas. Jamais. Agressé par des racailles… non, pardon –encore une fois-, des CRS, qui agissaient en toute impunité. J’ai dû sortir de la voiture, me rouler par terre pour chercher de l’air et attendre que des passants bienveillants me portent secours.
    Après quelques soins, j’ai pu retrouver la vue et respirer à peu près normalement. Mais mon visage, lui, était meurtri et quiconque me connaissant ne m’aurait pas reconnu aisément après une telle attaque. Révolté, j’ai quand même demandé des explications à un CRS en repli, ou tout du moins tenté de le faire : « allez dégage sale arabe, aujourd'hui c'est la fête pour vous mais surtout pour nous. On peut vous tabasser comme on veut ». Toujours cette origine qui nous est renvoyée à la face tel un défaut…
    Une réponse franche, simple, et efficace. Je ne pouvais même pas lui répondre que j’étais au moins autant Français que lui, la menace physique et l’impunité étant bien trop grandes. Mon honneur, mes valeurs et mes certitudes sous le coude, je rentrais chez moi blessé… par la Nation. Blessé dans une guerre franco-française qui, malheureusement, semble être banalisée.


  • Commentaires

    1
    Jean-Marc
    Mercredi 2 Décembre 2009 à 22:46
    Honte d'être français !
    Je suis horrifié par votre témoignage. Non pas parce que je découvre que ce genre de scène puisse se dérouler de nos jours en France -je sais que ça existe malheureusement souvent- mais j'ai bien l'impression que cela s'accentue et que peut de médias ne s'emparent de ce sujet. Reste 2 ans et demi pour changer de président pour un autre plus au fait des valeurs républicaines qui saura rappeler à la police qu'ils ne vivent pas à l'heure du sinistre Papon. A moins que ce système n'explose avant ?
    2
    Doriane
    Mercredi 2 Décembre 2009 à 22:50
    Sciée
    Franchement, l'attitude (pour ne pas dire la grossière connerie) de certains de mes compatriotes et surtout de l'État français (car les CRS le représente) me coupe les bras et les jambes ! En pleine recherche de ce qu'est l'identité nationale, c'est complètement aberrant. Je vis maintenant à Montréal. Dans mon quartier, le même soir, les voitures parées des couleurs algériennes ont défilé pendant toute la soirée, causant juste quelques embouteillages. Les médias ont insisté toute la soirée sur la joie d'une partie de la population montréalaise et j'avais envie de faire la fête. Je suis bien consciente que la connerie est sans frontière, mais des représentants de l'ordre qui tabassent impunément des citoyens, c'est le contraire d'une démocratie et de l'état de droit. Et malheureusement, la violence engendre la violence.
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