• Bonnes pratiques !

    Voilà une excellente initiative de la fac de médecine de Grenoble pour favoriser la diversité sociale dans une filière réputée hypersélective et socialement très cloisonnée. De quoi atténuer la terrible équation faisant de la sélection à l'entrée une fonction croissante du rétrecissement de la base sociale des étudiants. 

     

    29/09/2008 20:53

    La faculté de médecine de Grenoble renforce l'égalité des chances



    Une nouvelle pédagogie a permis de doubler le nombre d'étudiants aux origines sociales modestes qui accèdent en deuxième année de médecine

    Sur la longue route des études de médecine, le cap de la première année est le plus meurtrier. À Grenoble comme ailleurs, près de neuf élèves sur dix échouent, impitoyablement, sur le récif du numerus clausus. Confronté à la violence de « ce système absurde provoquant une mise en compétition effroyable des étudiants », Bernard Sèle, doyen de la faculté de médecine iséroise, a décidé, il y a deux ans, de réagir en remaniant totalement la pédagogie de la première année du premier cycle des études médicales (PCEM1).

    Terminés les enseignements dans des « amphis » de 700 étudiants. Fini le vacarme provoqué par les redoublants pour empêcher les nouveaux « carabins » de prendre des notes à un rythme de dactylo. À la place, chacun a reçu un DVD, contenant environ 500 heures de cours. « Le DVD a déminé la sélection, car il donne à tous les mêmes moyens de réussir », estime Alexis Mounier, étudiant en troisième année, qui, à l'image de la grande majorité de ses camarades, a fini par se laisser séduire.

    Un bilan social dressé en fin d'année dernière a permis de mettre en évidence un effet inespéré de la réforme : si le profil social des inscrits en PCEM1 n'a guère évolué, le nombre d'étudiants des catégories socioprofessionnelles modestes (artisans, ouvriers, agriculteurs, inactifs) passant en deuxième année a doublé. Ils comptent désormais pour 15 % des deuxième année, contre 7 % pour les promotions antérieures à la réforme. « D'ordinaire, un boursier d'État a 30 % de chances en moins de passer en deuxième année qu'un fils de cadre, en dépit de notes équivalentes au bac, analyse Jean-Luc Bosson, biostatisticien et pilote de l'enquête. Le recours aux boîtes privées, que tout le monde ne peut pas se permettre de payer, joue incontestablement un rôle. »

    "Med@TICE"

    Or, tout a changé pour les 1 300 « P1 » (première année) de la faculté de médecine de Grenoble, grâce à la nouvelle pédagogie mise en place, baptisée Med@TICE, rythmée en cycles d'un mois divisés en quatre temps. Un : apprentissage des cours sur DVD. Deux : formulation des questions aux enseignants sur Internet (45 000 l'an passé). Trois : réponses en groupes de 150 étudiants. Quatre : tutorat effectué par des étudiants de troisième année, rémunérés et notés.

    « Auparavant, les tuteurs étaient plus jeunes, pas payés et peu motivés, explique Cedvet Ozcelik, étudiant en troisième année. Les boîtes privées étaient quasiment un passage obligé pour réussir le concours. » Lui aussi a fait appel à leurs coûteux services, de 1 500 à 3 000 €, lors de son arrivée à la faculté. Désormais, comme 119 autres tuteurs, il se charge lui-même de rédiger deux QCM (questions à choix multiples) par semaine, similaires à ceux qui attendent les PCEM1 lors des sessions annuelles d'examens. Comme dans les « prépas » privées, les résultats aux tests donnent lieu à un classement. Et la progression dans l'apprentissage est désormais très encadrée, rendant moins déterminant le soutien des boîtes privées, dont la fréquentation a baissé de 17 %.

    "En médecine, on perd tous ses amis"

    Demeure pourtant un point noir. Au démarrage de l'expérimentation, le père d'un étudiant était entré en résistance pour relayer des rumeurs de tentatives de suicide et de dépressions nerveuses. « En médecine, on perd tous ses amis, témoigne Cedvet Ozcelik. On ne rentre de la fac que pour s'enfermer et travailler. » Il en est beaucoup pour regretter, comme lui, les facéties des carabins qui égayaient les cours. Aujourd'hui, avec huit heures de présence hebdomadaire contre vingt auparavant, il y a beaucoup de liens qui ne se nouent pas. « 75 % des étudiants déclarent se sentir isolés, note Jean-Luc Bosson. Mais ils étaient déjà 60 % à se déclarer ainsi avant la réforme. »

    Malgré tout, relève ce biostatisticien, « le nombre d'étudiants qui se présentent à l'examen est en hausse de 5 % ». L'indicateur tempère les inquiétudes. En outre, ce n'est pas le souci de certaines universités qui ont suivi avec intérêt l'expérience, également observée de près par le ministère de l'enseignement supérieur. Les universités de Tours, de Montpellier et de Reims ont envoyé des délégués sur place afin de se faire une idée par elles-mêmes de l'efficacité du système. L'université d'Amiens pourrait même adopter la méthode dès la rentrée 2009. Et le DVD circule dans les universités de Madagascar, du Cameroun et de Djibouti...
    Bénévent TOSSERI

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