• Je serai demain à 17h à l'IUT de Saint-Denis pour un colloque sur les trajectoires de réussite. J'interviendrai plus précisément sur l'accès à la littérature des jeunes issus de l'immigration.

    L'Obs a consacré un article à cet événement (ci-dessous) :

     

    SUR L'AGENDA DE L'OBS

    Colloque à Saint-Denis : La méritocratie contre les discriminations?

    NOUVELOBS.COM | 26.03.2010 | 15:53

    Les étudiants de l'IUT de Saint-Denis, en partenariat avec la Fondapol et le MCA (mouvement pour une citoyenneté active) vous invitent à leur colloque: "La méritocratie contre les discriminations?", mercredi 31 mars, de 17h30 à 20h, à l'IUT de Saint-Denis.

    La plus grande révolte qu’aient jamais connue les cités françaises en novembre 2005, a fait violemment surgir en France la question des discriminations. Les jeunes diplômés "issus de l’immigration", dont le taux de chômage est trois fois supérieur à celui de la moyenne nationale , sont certainement les victimes privilégiées en France, du "nouveau racisme", qui a abandonné le discours sur la "race" et la biologie, pour chercher ses arguments dans les différences culturelles. Mais l’on peut aussi être discriminé parce qu’on a une sexualité minoritaire, parce qu’on est une femme, parce qu’on est atteint d’une maladie, parce qu’on a un handicap physique etc. Qu’est-ce qu’une "discrimination"? Quels moyens existent aujourd’hui en France pour lutter contre ces discriminations ; et quelles sont leur efficacité et leurs limites ? Les enjeux sont capitaux. Les discriminations empêchent concrètement un certain nombre d’individus qui ont pourtant toutes les qualités requises, d’accéder à des études supérieures ainsi qu’à des postes à responsabilité dans les entreprises ou dans les partis politiques. Elles font donc vaciller sur leurs bases les principaux piliers de notre République: la Méritocratie, et l’Egalité des chances devant l’avenir.

    Avec la participation de:
    Karim AMELLAL: Maître de conférences à Sciences-Po, écrivain
    Rachad ANTONIUS: Sociologue, professeur à l'iniversité du Québec à Montréal
    Nadhéra BELETRECHE: ATER à l'IUT de Saint-Denis, doctorante en philosophie
    Gonzagues DE BLIGNIERES: Président de Barclays Private Equity France, confodateur de Business Angels des cités
    Chantal DARDELET: ESSEC, animatrice du groupe "Ouverture sociale" de la Conférence des Grandes Ecoles
    Dominique REYNIE: Directeur général de la Fondapol
    Patrick SAVIDAN: Professeur de philosophie à l'Université de Poitiers, président de l'Observatoire des inégalités
    Aziz SENNI: Entrepreneur issu des quartiers, cofondateur de business Angels des cités, secrétaire national en charge des entreprises au Nouveau Centre
    Agnès VAN ZANTEN: Sociologue, directrice de recherches au CNRS

    Accès gratuit sur simple inscription: (le nombre de places est limité), envoyez simplement un email à meritocratie.discriminations@gmail.com.

    Lieu: IUT de Saint-Denis
    Place du 8-mai-1945 - Saint-Denis (93)

    Accès:
    Métro ligne 13: station Basilique de Saint-Denis
    RER D: station Saint-Denis
    Tramway T1: station marché de Saint-Denis
    Plus d'informations sur www.fondapol.org

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  • La réflexion progresse à gauche aussi. La fondation Terra Nova, d'inspiration strausskahnienne, vient de publier un article de synthèse dans Libération sur les grands axes d'une action vigoureuse en faveur des territoires fragilisés.  En gros, les propositions du Think Tank de DSK tournent autour de la discrimination positive territoriale comme principe d'action prioritaire dans les "quartiers sensibles" tels que la politique de la ville les a définis au fil des ans.

     

    L'ensemble des mesures proposées sont de bon sens et elles reprennent d'ailleurs nombre d'analyses conduites par des économistes (Kramarz, Benabou et Prost sur les ZEP par exemple, ou Thomas Piketty sur le nombre d'élèves par classe) ou des sociologues ces dernières années : actions mieux ciblées, moyens massifs, recettes fiscales redéployées, etc.

     

    Je soutiens bien sûr ces mesures, dans leur principe et les modalités de leur mise en oeuvre, mais le seul problème est que dans le contexte actuel d'une crise économique majeure touchant aussi bien les salariés précaires des quartiers sensibles que les jeunes et les ouvriers peu qualifiés du centre ou de l'ouest de la France, le risque est très important, sans l'inclusion de ces mesures dans un plan national de lutte contre les inégalités territoriales, de cliver davantage l'opinion et de la pousser à percevoir ces mesures comme avantageant une catégorie de personnes au détriment d'autres, pourtant placées dans la même situation de précarité/pauvreté.

     

    C'est la position que je défends depuis maintenant un certain temps : les actions, fondées nécessairement sur de la discrimination positive sociale et territoriale, pour aller dans le sens d'une plus grande égalité réelle doivent être conduites sur le plan national, sans léser certains territoires par rapport à d'autres, sans avantager par rapport à d'autres des catégories sociales placées dans la même situation. En réalité, le meilleur moyen de faire accepter par l'ensemble des Français, sans distinction aucune, la discrimination positive en tant que principe fondamental des politiques publiques pour corriger les situations d'inégalités, c'est de faire bénéficier toutes les catégories sociales placées dans ces situations des avantages inhérents aux mesures de redistribution mises en oeuvre. La politique de la "ville", privilégiant les zones urbaines par rapport aux zones rurales, doit ainsi être abandonnée au profit d'une politique globale de lutte contre les inégalités, sociales et territoriales, qui, parce qu'elle concernera tout le monde, ne lèsera personne et n'en sera que mieux acceptée.

     

    Autrement, la perception des mesures prônées en faveur des quartiers ne pourra que s'apparenter à un énième "plan banlieues" dont on constate depuis 20 ans l'inanité.

     

    Quant à la lutte contre la discrimination raciale, enfin, nous avons désormais tous les outils pour l'enrayer : un arsenal législatif (et pour l'essentiel issu des directives communautaires) sérieux depuis la loi de novembre 2001 et une autorité administrative indépendante, la Halde, chargée d'identifier et de combattre les pratiques discriminatoires. Reste maintenant à appliquer la loi (qui sur le plan pénal reste largement inappliquée) pour que cell-ci devienne vraiment dissuasive (c'est très loin d'être le cas compte tenu de l'infinitésimal nombre de condamnations prononcées par an au pénal pour discrimination raciale... et des sanctions financières dérisoires auxquelles elles donnent lieu). Reste aussi à donner à la Halde un contenu autre qu'informatif et à la débarrasser des pratiques informelles et bureaucratiques, parfois franchement scandaleuses, qui polluent son fonctionnement...

     

    KA

     

     

     

    Voici l'article écrit par les membres de Terra-Nova :

     

     

    LIBERATION

    Société 17/02/2009 à 06h52

     

    Le leurre des «plans banlieues»

     

    Seybah Dagoma membre fondatrice de Terra Nova, adjointe au maire de Paris et Olivier Ferrand président de Terra Nova .

     

    La France est marquée par la ségrégation territoriale. Les cités sont devenues «les prisons sociales» de la République : leurs habitants subissent une relégation dont ils ne peuvent plus, statistiquement, s'échapper. Les Français issus de la diversité s'y trouvent piégés. Au même titre que beaucoup de familles modestes. Mais plus encore, du fait d'une politique de logements sociaux qui, depuis un demi-siècle, y entasse les primo-arrivants.

     

    Que faire ? Premier axe, toujours annoncé à coups de «plans banlieues» mais jamais réalisé : un investissement public massif dans les cités. La logique est celle d'une «discrimination positive territoriale» : donner plus aux quartiers qui ont moins.

     L'école s'impose comme la priorité numéro 1. Les zones d'éducation prioritaire sont typiquement un outil de discrimination positive territoriale. Si leurs résultats sont décevants, c'est d'abord que leurs moyens sont insuffisants et saupoudrés : à peine 7 % de moyens en plus pour un élève en ZEP - contre 100 % aux Pays-Bas. Un véritable effort financier pour les ZEP des cités permettrait de limiter la taille des classes, d'attirer les enseignants expérimentés, d'adapter les moyens pédagogiques, avec tutorat et soutien scolaire.

    Au-delà de l'école, il faut investir dans les services publics de ces territoires - grands absents, au passage, du plan de relance du gouvernement. Obstacle majeur, la fiscalité locale : elle constitue une invraisemblable «trappe à pauvreté». La taxe d'habitation, corrélée aux revenus des ménages, rend pauvres les communes dont les habitants sont pauvres. Et la taxe professionnelle, impôt sur les entreprises, est inexistante dans les cités-dortoirs. La politique de la ville, créée pour compenser cette injustice fiscale, est en échec. Trop de saupoudrage. Et trop de défaillances. Un exemple, la construction d'une piscine publique. La politique de la ville ne finance que l'investissement hors taxe : la commune doit dès lors avancer la TVA, soit 20 % du montant. Et elle devra ensuite assurer seule le fonctionnement - maîtres-nageurs, fluides, entretien : c'est souvent hors de portée, d'où une dégradation rapide de l'installation, imputée aux «jeunes» de la cité...

     On devrait dépenser plus d'argent public par habitant à Vaulx-en-Velin qu'à Neuilly-sur-Seine. Or c'est le contraire ! La fiscalité locale doit être refondue au profit des quartiers populaires. Dominique Strauss-Kahn (Pour l'égalité réelle, fondation Jean-Jaurès, 2004) en a esquissé les contours. Remplacement de la taxe d'habitation par une dotation «démographique» de l'Etat. Généralisation de la taxe professionnelle unique (TPU) par bassin d'emploi, afin que la commune de travail, qui concentre les produits de la taxe, la redistribue aux communes d'habitation, qui hébergent les travailleurs assurant sa richesse. Concentration de la politique de la ville sur les 5 % des communes les plus pauvres.Le second axe pour lutter contre la ségrégation territoriale, ce sont les politiques de mobilité. L'ascenseur social est d'abord, aujourd'hui, «un ascenseur territorial».

    La mobilité territoriale passe par le désenclavement urbain (routes, transports publics). Elle passe aussi par la fluidité scolaire. La filière ZEP de Sciences Po a prouvé son efficacité : elle permet un recrutement «coupe-file» au profit des milieux populaires de banlieue. Il faut la généraliser, par exemple sur le modèle proposé par Patrick Weil : donner aux meilleurs élèves de chaque lycée un droit d'accès aux classes préparatoires et aux établissements qui sélectionnent à l'entrée. Au-delà de la diversification de l'élite, il y a la réussite scolaire de masse. L'implantation d'universités de qualité dans les banlieues est une piste.

     

    Mais la mobilité passe avant tout par le logement. La ségrégation urbaine repose sur une barrière invisible : le prix de l'immobilier. Pour la surmonter, il faut une politique radicale de mixité sociale. Rendre plus contraignants, par des amendes renforcées, les quotas de logements sociaux imposés aux communes par la loi SRU est une première voie. Mais les moyens publics sont limités. L'idée est de faire porter cette responsabilité de mixité sociale sur le privé, en étendant les quotas à la promotion immobilière privée, à l'instar du nouveau plan local d'urbanisme de Paris. De manière plus radicale, on pourrait envisager d'étendre les quotas aux copropriétés existantes : soit par achat public en «diffus» (préemption d'appartements dans les copropriétés), soit en imposant aux copropriétés privées d'organiser la mixité sociale en leur sein, sous peine de «taxe de non-mixité».

     Mettre fin à la ségrégation territoriale : voilà bien le premier volet, social, d'une politique volontariste pour la diversité. Mais il est insuffisant. Un testing, réalisé par l'Observatoire des discriminations de l'université de Paris-I, en donne la mesure. Un candidat avec une adresse au Val Fourré (Yvelines) est convoqué à deux fois moins d'entretiens d'embauche qu'un résident parisien avec un CV identique, un candidat au patronyme maghrébin cinq fois moins. La discrimination par l'adresse est massive, la discrimination raciale l'est encore bien plus. Il faut, aussi, une politique spécifique.

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  • Vendredi 6 février 2009, 19h00 : Débat avec l'invité de la section, Karim Amellal,Membre fondateur du Collectif Qui fait la France

    Fils d'une mère originaire de Saint-Marcel et d'un père algérois, Karim Amellal est un écrivain franco-algérien né en 1978, qui a partagé sa jeunesse entre Alger et Argenton, où il a fait ses études secondaires.

    Il est l'auteur de l'essai Discriminez-moi ! Enquête sur nos inégalités paru chez Flammarion en 2005 et du roman Cités à comparaître paru chez Stock en 2006. Il est également maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris, dont il est un ancien élève et où il dirige désormais le Master Affaires publiques.

    Membre fondateur du Collectif de jeunes écrivains et artistes Qui fait la France ?, il est l'un des auteurs de Chroniques d'une société annoncée (Stock, 2007) avec la nouvelle “Vagues à l'âme”.

    Karim évoquera lors de ce débat les enjeux français en matière de lien social et de discrimination.


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  • Voici quelques articles ou extraits d'articles intéressants. Bonne lecture !

     

    Lu dans le Bondy Blog :

     

    Quand les USA s'impliquent dans la diversité française

    Vendredi 23/01/2009 | Posté par Nordine Nabili

    OBAMA, ESPOIR BANLIEUE ? A l'occasion de l'investiture de Barack Obama à la Maison Blanche, nous publions une série d'articles sur cette nouvelle page de l'histoire américaine. Aujourd'hui, l'interview de Laura Berg, attachée culturelle de l'ambassade des Etats-Unis à Paris.

    Quel que soit le contexte, les relations entre la France et les Etats-Unis sont souvent sous tension. L'investiture de Barack Obama a permis de faire une courte pause pour laisser la place une grande émotion collective. L'élection présidentielle américaine a été très suivie en France, particulièrement par les jeunes des banlieues. La présence d'un candidat noir a été certainement un facteur important de l'intérêt pour cette élection. Pour comprendre cet engouement et le rôle actif de l'ambassade des Etats-Unis dans le débat sur la diversité en France, nous avons rencontré Laura Berg, attachée culturelle de l'ambassade. Interview.

    Que pensez-vous du débat sur la diversité en France ?

    Je constate qu'il y a beaucoup d'impatience. C'est bien compréhensible, mais je sens un esprit de volonté qu'il faut absolument saisir en ce moment. Je sens qu'il faut encourager et participer à cette dynamique vers la reconnaissance de la richesse multiculturelle de la France, en utilisant tous les leviers démocratiques. La France est une terre d'immigration, comme les Etats-Unis. La création de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration est une célébration de l'immigration pendant des siècles. J'ai le sentiment qu'il existe aujourd'hui un désir de reconnaître et d'envisager la question de l'identité française autrement. Après cette étape intellectuelle, nous sommes entrés, je crois, dans une phase de recherche de solutions pratiques pour faire vivre cette diversité au quotidien.

    Où se situe exactement la volonté du changement que vous évoquez ?

    Ce ne sont que des impressions parce que je ne suis pas académique, et je ne connais pas la France profondément. Toutefois, je constate qu'il existe aujourd'hui une nouvelle chaire pour la diversité dans le business, des ouvertures de postes à responsabilités dans des grandes entreprises pour des personnes issues de la diversité. Cette question est présente dans les débats, c'est important. Les publicités des grandes marques me donnent l'impression qu'il existe une prise de conscience sur le pouvoir d'achat de ces populations. Elles ne veulent pas rater ce marché, alors elles sont offensives sur cette question. Au niveau politique, nous voyons que des nouvelles têtes apparaissent à l'échelon national et local. Ce mot diversité est de plus en plus répandu et les lignes bougent, c'est important même s'il y a beaucoup de frustrations encore et des résistances.

    Avez-vous le sentiment que la France traite cette question d'une manière plus pacifique que ce qui s'est passé dans votre pays ?

    C'est une histoire différente. C'est vrai que c'est un moment de droits civiques en France. Il y a un grand dialogue national qui est en train de prendre place maintenant, c'est important. Beaucoup de chercheurs américains viennent en France pour étudier cette période. Ils considèrent que c'est un tournant. Ce qui se passe actuellement est une période vraiment attirante et extraordinaire de l'histoire de France.

    Votre pays accompagne-t-il la France dans ce changement ?

    Nous parlons en anglais d'échanger les « best practicies », c'est là où nous pouvons avoir vraiment une valeur ajoutée. Nous faisons venir des experts dans différents domaines pour accompagner cette dynamique. Lorsqu'ils interviennent auprès des différents acteurs, ils mettent l'accent sur des pratiques concrètes, des détails. Ils sont très pragmatiques. Ce sont des personnes qui ont monté des actions aux Etats-Unis, qui ont vécu des choses et qui viennent partager leur expérience ici. Ce n'est pas pour « dupliquer les expériences », mais bien pour analyser les ressorts et les particularités de chaque initiative. Notre rôle est de mettre en relation les gens qui souhaitent échanger les modèles, les possibilités dans des domaines très pratiques.

    Au niveau économique, avez-vous une expérience américaine sur laquelle la France pourrait s'inspirer ?

    Nous avons une association de fournisseurs aux Etats-Unis qui regroupent 16 000 membres avec pour objectif de faire la promotion de la diversité. Cette association conseille aux grandes entreprises qui souhaitent acheter des produits de se tourner vers les fournisseurs qui prennent en compte dans leurs pratiques la promotion de la diversité et les entreprises dirigées par les minorités. Les responsables de cette association sont en France cette semaine et nous avons organisé un événement pour présenter leur concept basé sur le développement économique.

    Les Français sont-ils plus dans l'emphase et les Américains plus pragmatiques ?

    Notre démocratie est bien enracinée dans la pensée française. Personnellement, je suis assez pratique, je cherche les personnes qui construisent quelque chose et je les invite en France pour parler des expériences, des défis et des succès. Nous avons besoin de montrer ce qui marche, c'est important d'apporter les preuves que nous sommes entrain de faire des choses utiles et efficaces.

    Que pensez-vous des suspicions qui existent autour de l'engagement des services de l'ambassade en direction des banlieues ?

    Il y a beaucoup d'exagération et de fausses polémiques autour de notre activité. Nous sommes un petit service, nos moyens sont limités. Etre présenté comme une force occulte, ce n'est simplement pas réaliste pour les lecteurs des journaux qui ont entretenu cette suspicion. En communication, on dit qu'il vaut mieux avoir de la mauvaise presse que pas de presse du tout. Du coup, après la publication de ces articles, nous avons reçu beaucoup de demandes pour en savoir plus sur nos projets. Finalement, cette polémique a été très positive.

    L'élection de Barack Obama est-elle une leçon pour les élites françaises ?

    Non. Notre histoire est différente. Au fond, la victoire de Barack Obama est une histoire de talent et d'ambition. Il porte l'espoir du changement pour les Américains et pour le monde entier. J'ai le sentiment que les mentalités changent depuis le 4 novembre. Les gens veulent essayer de faire évoluer les choses. Les jeunes Français l'ont pris pour modèle, tant mieux. Ceci étant, il n'est pas le premier, d'autres ont été des modèles pour les jeunesses du monde, comme Nelson Mandela. Pour notre pays, c'est un moment de fierté d'avoir un président qui inspire tellement d'espoir dans le monde.

    Mais Barack Obama est président des Etats-Unis et non pas secrétaire d'Etat chargé de la politique de la ville du gouvernement français...

    C'est un exemple pour beaucoup, c'est important. En France, il existe une jeune génération talentueuse qui se trouve aujourd'hui au seuil de la classe politique. Elle se prépare à prendre des responsabilités. Elle est présente, ce n'est pas le moment de se retirer, au contraire. J'ai le sentiment que les partis politiques français souhaitent cette diversité. Je suis très optimiste.

    Propos recueillis par Nordine Nabili

    Nordine Nabili -

     

    Lu dans Le Figaro :

     

    Yazid Sabeg veut plus d'élus issus de la diversité


    Crédits photo : Le Figaro

    En pleine obamania, le commissaire à la diversité veut prendre des photos pour mesurer la progression des minorités visibles. Une idée qui ne séduit guère Éric Besson, nouveau ministre de l'Immigration.

    Récemment nommé commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, Yazid Sabeg a fait de la représentation politique sa priorité. D'ici à quelques jours, il rencon­trera les parlementaires et les états-majors des partis. Il entend, dit-il, «écouter ce qu'ils proposent pour faire avancer la diversité et briser le plafond de verre». Mais affirme d'ores et déjà qu'il prônera «des mesures normatives. Autrement, les accords ne valent rien» .

    Pour avancer, le commissaire va pouvoir s'appuyer sur une nouvelle étude qui chiffre la présence des minorités dans la vie politique. Dans une note publiée mercredi, l'Institut Montaigne, vitrine intellectuelle des plus grands patrons, détaille la composition ethnique des deux chambres du Parlement et des conseils municipaux des dix plus grandes villes de France en utilisant une méthode iconoclaste : la photographie. Yazid Sabeg, longtemps pilier de l'Institut Montaigne, se montre enthousiaste pour le procédé choisi : «C'est une possibilité intéressante pour traiter la question cruciale des discriminations raciales. J'ai moi-même prôné la photo de famille dans les bilans des entreprises», explique-t-il. Il avait proposé que les grandes sociétés présentent ce cliché en guise de mesure des minorités visibles dans le cadre de la charte de la diversité.

    Une méthode de reconnaissance faciale un brin aléatoire qu'explique le sociologue Éric Keslassy, qui travaille sur le sujet pour l'Institut Montaigne. «J'ai regardé les clichés des élus, puis j'ai corrélé avec les noms de famille et j'ai réalisé quelques vérifications téléphoniques.» Les résultats sont contrastés. Parfois satisfaisants au niveau local, parfois pire qu'à l'Assemblée nationale qui ne «présente que trois députés issus des minorités visibles», sur les 555 élus de métropole, soit 0,54 %. Au Sénat, ils seraient quatre, occupant 1,31 % des 305 sièges métropolitains. Photo à l'appui, Paris présente le meilleur taux avec 17 % d'adjoints perçus comme de la diversité. Suivi par Strasbourg avec 13,84 %, puis Montpellier et Lille autour de 11 %, Toulouse à 10 %, Lyon à 8 %. Loin derrière, Marseille, Nice. Enfin Bordeaux ne compte aucun adjoint de la diversité.

    Le sociologue de l'Institut Montaigne reconnaît qu'il faut rester prudent : «C'est une méthode empirique, un instantané plus qu'une étude, que j'ai utilisée en l'absence d'autres outils statistiques.» Il insiste sur d'autres pistes pour renouveler la classe politique : la fin du cumul des mandats ou la tenue de primaires. «Tout cela prendra du temps, tempère Yazid Sabeg, car les candidats issus de la diversité ne peuvent pas prétendre à une place s'ils n'ont pas le profil et la trajectoire». C'est tout l'art du nouveau commissaire que de savoir sinuer entre réflexions de fond sur la promotion sociale et des positions plus dérangeantes de chiffrage au faciès.

    «Sceptique, réticent»

    D'ailleurs, la photographie, largement subjective, ne fait pas l'unanimité au gouvernement. Eric Besson, ministre de l'Immigration également en charge des questions de diversité, se dit «sceptique, réticent». «Il faut qu'on invente des instruments fiables et conformes à nos traditions, sans classer les individus par race, ethnie, religion... C'est assez complexe», reconnaît le ministre qui fera plancher des scientifiques dans les prochains mois. «Je ne veux pas jeter la pierre à ceux qui tentent des expériences et j'entends travailler la main dans la main avec Yazid Sabeg» , ajoute-t-il.

    En attendant, il juge «habile» un tout autre instrument mis au point par le Haut Conseil à l'intégration. À partir des noms et prénoms qui prévalaient en France à la fin du XIXe siècle et de ceux récemment apparus, un logiciel permet de repérer les personnes d'origine maghrébine et africaine, ou d'immigration européenne ou encore de l'outre-mer. Peaufinée par Jean-François Amadieu, de l'Observatoire des discriminations, cette méthode semble obtenir des résultats fiables. Elle a permis d'examiner la situation des 35 000 élus des communes de plus de 9 000 habitants. Parmi eux, 6,68 % sont issus de l'immigration. Un chiffre encore faible, mais en progression depuis les élections de 2001. Tandis que la France se scinde d'Est en Ouest, reflétant les flux migratoires.

    Dans la bataille pour la mesure de la diversité, le HCI croit tenir l'outil le plus performant : «opérationnel partout, dans la haute fonction publique, à l'ENA, dans les conseils d'administration», ajoute Patrick Gaubert, le président du HCI. Qui préconise d'utiliser la méthode patronymique tout en développant les statistiques publiques sur les origines géographiques, en demandant le lieu de naissance des individus et de leurs parents pour obtenir un portrait assez fidèle de la deuxième génération. D'ici à mars, Yazid Sabeg devra trancher et choisir sa méthode pour améliorer la diversité, notamment en politique.

    » DOCUMENT - Consulter l'intégralité de l'étude de l'Institut Montaigne

    » PORTRAIT - Yazid Sabeg, l'avocat de l'égalité des chances

     


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  • Would Barack Obama have made it in Europe?

    In Europe, opinion polls showed that the overwhelming majority of people would have chosen Barack Obama over John McCain, if they had had a vote in the US election.

    Barack Obama standing in front of the door to 10 Downing Street

    How long until Europe has its own ethnic minority leader?

    But what chance is there that Europe might produce its own ethnic minority leader?

    Are Europe's political institutions open enough to permit a politician from a minority ethnic group to rise through the ranks and challenge for the highest political office?

    To discuss this, the BBC's Dan Damon brought together four people who have taken the first steps along that road.

    Adeela Shafi is a Conservative Party candidate in the next general election in Britain, Jean-Leonard Touadi is Italy's first black MP, Omid Nouripour is a Green Party MP in Germany and Karim Amellal is a writer and professor of political science in France.

    Broadcast : Listen to their discussion

     


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