•  Les employeurs recrutent dans les quartiers

    Le Parisien, 20/10/2008 

     

    Article encourageant du Parisien sur un exemple d'opération de recrutement de jeunes "issus de la diversité" (quelle terrible formulation...) dans les "quartiers" (autre infâme formulation, mais il faut bien nommer, non ?). Doit-on se féliciter de ce qu'un événement aussi normal fasse l'objet d'un article dans l'un des journaux les plus lus de France ? Doit-on penser que c'est là la moindre des choses et que le vrai problème reste entier : le plafond de verre, soit le recrutement et la PROMOTION de Français d'origine étrangère à des niveaux hiérarchiques supérieurs (cadres, cadres supérieurs) dans les grandes entreprises françaises et, bien sûr, car c'est encore pire dans ce secteur, dans les fonction publique ?

    Cela pose deux questions : 1) quel traitement médiatique adéquat face à la "gestion de la diversité" (faut-il en parler au risque de crisper ceux qui n'en profitent pas ? Faut-il ne pas grossir le trait, au rsique d'occulter le problème des discriminations et de banaliser les solutions ?) ; 2) quelle solution préconiser : le recrutement massif "en bas de l'échelle" en priant pour que les ascenseurs sociaux fonctionnent dans les entreprises ? Ou bien le recrutement ciblé à des postes à responsabilités, en privilégiant la dimension symbolique, donc l'appel d'air ?

    Le salon Emploi & Divers'Cités se tient aujourd'hui dans le quartier d'affaires. But du rendez-vous : recruter des jeunes issus de la diversité.


    Florence Hubin | 20.10.2008, 07h00
     

    «IL Y A aujourd'hui une pénurie dans les profils de commerciaux : malgré la période difficile, nous avons un client qui recherche rapidement cinq ou six commerciaux », explique Boujema Hadri, du cabinet de recrutement RHDI (les Ressources humaines diversifiées). Créé en 2005, le cabinet RHDI est justement spécialisé dans le recrutement des commerciaux « issus de la diversité » : la minorité visible, les handicapés, les seniors... « La fonction commerciale est celle où la diversité est la plus atténuée alors que les préjugés sont encore très forts sur les fonctions de gestion ou les postes de top managers », constate-t-il.

    « On s'attache uniquement aux compétences »

    Pour trouver les bons profils, c'est simple : « On s'attache uniquement aux compétences des candidats, on saute la partie du CV concernant l'état civil. En passant des annonces dans les journaux locaux, comme dans les pages départementales du Parisien, ou en recrutant directement auprès des missions locales de Seine-Saint-Denis par exemple, on est sûr de trouver des candidats issus de la diversité. »

    « On se définit comme un employeur engagé : dans notre société, il y a des diplômés et des non-diplômés, et une diversité culturelle », assure Marie-Anne Sirot, responsable recrutement et carrière chez Paritel Télécom, une société de Courbevoie qui propose aux petites entreprises des services de télécommunication. « Nous n'avions jamais participé à ce type de forum auparavant. Nous allons rencontrer des candidats car nous avons quatre offres de recrutement en cours. »

    Chez Norisko (société d'assistance et de contrôle technique des constructions et des équipements), la diversité dans le recrutement est également appliquée depuis longtemps, tout simplement en raison du type de formation recherché.

    Les BTS et DUT recherchés

    « Il y a parmi nos 3 500 collaborateurs une très forte proportion d'enfants nés en France de parents ou grands-parents immigrés », constate Christophe Chenevat, DRH Ile-de-France de Norisko. « Parmi lesquels des jeunes diplômés issus de formations courtes et techniques (BTS ou DUT) qui ont connu une forte promotion ces dernières années. »

    Si l'entreprise participe à tous les salons de l'emploi, c'est parce qu'elle recrute beaucoup avec 800 embauches depuis janvier. Norisko tiendra un stand ce lundi en vue de préparer ses embauches 2009.


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  • Au feu ! Les pompiers arrivent...


    Par Karim Amellal


    Bien sûr, il faut maintenant que les matches de foot, en fonction de la couleur de l'équipe adverse, se jouent sur des territoires spécifiques, que les équipes maghrébines, ou africaines, aillent jouer ailleurs, en province, ou pourquoi pas "chez eux", à l'étranger, mais sûrement pas à Paris, encore moins en banlieue. Confer Bernard Laporte, inénarrable secrétaire d'Etat aux sports, et personnage exempt de tout reproche lui aussi, chevalier blanc, à peine terni par quelques sordides affaires de corruption qui ont - mais ce ne fut pas le cas, dieu merci - failli l'empêcher d'être ministre. De quoi l'a-t-on accusé ? De broutilles. De faits divers. De chantage. D'escroquerie dans une affaire de casino. De favoritisme. Et puis d' "irrégularités fiscales" aussi. Des broutilles. Pas de quoi fouetter un chat. Surtout pas de quoi le faire renoncer, en son âme et conscience, il est presque ministre après tout, à décerner des brevets de citoyenneté, à s'énerver contre ceux qui sifflent un symbole, l'hymne national, dans les stades. Non, Bernard Laporte est un citoyen sans reproche, un preux chevalier, blanc, tout blanc, un serviteur du peuple qui ferraille contre les contempteurs du drapeau et de l'hymne : ces gosses des cités, les vauriens, les racailles, qui dénigrent la République. Accessoirement, l'Etat, par l'entremise des services fiscaux, a déposé plainte contre lui, pour violation du secret fiscal. Mais ça ne compte pas.


    A sa décharge, il n'y a pas que lui. Et je m'empresse de préciser, car on ne manquerait pas de me dire que je défends les siffleurs, moi aussi, et que je porte atteinte au drapeau, que je trouve ça ridicule de siffler la Marseillaise. Non que je trouve cet hymne beau ou noble, je n'oublie pas le "sang impur" censé représenter une France éternelle qui n'est pas, loin s'en faut, celle à laquelle j'aspire. Mais enfin. On ne siffle pas son équipe nationale, quelque en soit le prétexte. Et surtout pas cette équipe-là, l'équipe de France, qu'on ne peut pas taxer de racisme, de bafouer la diversité ou d'autres saloperies. Sauf peut-être de perdre, parfois... ! Car il s'agit après tout d'une règle de bon sens : on ne s'insulte pas. On ne crache pas sur son reflet, même décati, quand on se scrute le matin au-dessus du lavabo. Alors oui, tous ont réagi, fermement réagi, oh oui ! Ecoutons-les. "Le match doit être arrêté et des sanctions prises" (Coppé), "c'est insultant, pas tolérable" (Fillon), "il faut expulser" (Ségolène), "certains symboles ne s'insultent pas" (Hortefeux), "il faut une sanction" (Julien Dray), "le niveau le plus élevé de la bêtise" (Fadela Amara), etc, etc.


    Passons sur cette dernière déclaration absurde d'une personnalité outrancière, dont le moins que l'on puisse dire est que le fameux « plan anti-glandouille » n'a manifestement pas produit les effets escomptés... Non, le problème, notre souffrance, sont ailleurs. Encore une fois, et comme pour le match France-Algérie d'octobre 2001 lorsque le stade fut envahi par une foule de supporters, les commentaires indignés ne se focalisent que sur l'événement lui-même, non sur ses causes. Dès lors, il devient impossible de conduire une analyse raisonnée sur un problème grave d'identification d'une partie de la population aux symboles théoriques de l'appartenance nationale. Dès lors, la lancinante et essentielle question « qu'est-ce qu'être Français ? » disparaît derrière le voile scandaleux des réactions à chaud, ou à vif.


    Mais une fois encore, et une fois passée cette réaction épidermique et la condamnation unanime de l'outrage au drapeau, il nous faudra revenir sur les motifs d'une discorde, sur les raisons objectives qui conduisent des citoyens français, souvent depuis plusieurs générations, à refuser en bloc de s'identifier à la République lorsqu'elle est confrontée, dans le stade ou ailleurs, à d'autres vecteurs d'identification. Et comme le remarque avec pertinence l'éditorial du Monde du 16 octobre, alors peut-être deviendra-t-il indigne « des principaux responsables publics d'ignorer ce que ces sifflets expriment, qu'ils le veuillent ou non : la rage des banlieues, le sentiment de rejet et le désarroi des jeunes issus de l'immigration ».


    Les causes importent plus que les effets, aussi dévastateurs, brutaux et choquants soient-ils. Mais dans notre démocratie d'opinion où les électeurs sont à caresser dans le sens du poil, il est très facile, pour faire remonter à la surface de vieilles angoisses, de se concentrer sur un phénomène en omettant ses ressorts. La Marseillaise huée, cela renvoie pourtant qu'on le veuille ou non à l'un des visages du mal français : la désintégration sociale de catégories bien identifiées de la population, leur enclavement croissant sur des territoires en relégation, leur enfermement dans des bulles où la haine, la rage et le désespoir entremêlés sont les seules nourritures terrestres.


    On peut être scandalisé, légitimement, par une Marseillaise huée dans un stade de foot. On ne peut en revanche, a fortiori quand on est un responsable politique, se contenter de crier au loup. Il faut être sérieux et proposer des solutions sérieuses. Déplacer les matches « touchy » en province ? Interdire à certains jeunes, en fonction de l'endroit où ils habitent, d'y participer ? Arrêter et condamner les siffleurs ? Ok, ça soulage deux minutes. Mais les mêmes causes, elles, continueront de produire les mêmes effets... De 2001 à 2008, cela ne s'est pas démenti.


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    I Kiffe NY: French Urban Cultures
    October 2008

    “A

    UTHORS ON TOUR” PROGRAM

    J'aurai le plaisir de participer, en compagnie de Abdellatif Kechiche, Malik Chibane, Joy Sorman, Michel Wieviorka, Jean-François Richet et d'autres artistes, au Festival "I Kiffe NY" du 7 au 28 octobre à NYC.

    Plusieurs conférences et événements artistiques autour des cultures urbaines seront organisés dans ce cadre.

    A bientôt !

     


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  • Voilà une excellente initiative de la fac de médecine de Grenoble pour favoriser la diversité sociale dans une filière réputée hypersélective et socialement très cloisonnée. De quoi atténuer la terrible équation faisant de la sélection à l'entrée une fonction croissante du rétrecissement de la base sociale des étudiants. 

     

    29/09/2008 20:53

    La faculté de médecine de Grenoble renforce l'égalité des chances



    Une nouvelle pédagogie a permis de doubler le nombre d'étudiants aux origines sociales modestes qui accèdent en deuxième année de médecine

    Sur la longue route des études de médecine, le cap de la première année est le plus meurtrier. À Grenoble comme ailleurs, près de neuf élèves sur dix échouent, impitoyablement, sur le récif du numerus clausus. Confronté à la violence de « ce système absurde provoquant une mise en compétition effroyable des étudiants », Bernard Sèle, doyen de la faculté de médecine iséroise, a décidé, il y a deux ans, de réagir en remaniant totalement la pédagogie de la première année du premier cycle des études médicales (PCEM1).

    Terminés les enseignements dans des « amphis » de 700 étudiants. Fini le vacarme provoqué par les redoublants pour empêcher les nouveaux « carabins » de prendre des notes à un rythme de dactylo. À la place, chacun a reçu un DVD, contenant environ 500 heures de cours. « Le DVD a déminé la sélection, car il donne à tous les mêmes moyens de réussir », estime Alexis Mounier, étudiant en troisième année, qui, à l'image de la grande majorité de ses camarades, a fini par se laisser séduire.

    Un bilan social dressé en fin d'année dernière a permis de mettre en évidence un effet inespéré de la réforme : si le profil social des inscrits en PCEM1 n'a guère évolué, le nombre d'étudiants des catégories socioprofessionnelles modestes (artisans, ouvriers, agriculteurs, inactifs) passant en deuxième année a doublé. Ils comptent désormais pour 15 % des deuxième année, contre 7 % pour les promotions antérieures à la réforme. « D'ordinaire, un boursier d'État a 30 % de chances en moins de passer en deuxième année qu'un fils de cadre, en dépit de notes équivalentes au bac, analyse Jean-Luc Bosson, biostatisticien et pilote de l'enquête. Le recours aux boîtes privées, que tout le monde ne peut pas se permettre de payer, joue incontestablement un rôle. »

    "Med@TICE"

    Or, tout a changé pour les 1 300 « P1 » (première année) de la faculté de médecine de Grenoble, grâce à la nouvelle pédagogie mise en place, baptisée Med@TICE, rythmée en cycles d'un mois divisés en quatre temps. Un : apprentissage des cours sur DVD. Deux : formulation des questions aux enseignants sur Internet (45 000 l'an passé). Trois : réponses en groupes de 150 étudiants. Quatre : tutorat effectué par des étudiants de troisième année, rémunérés et notés.

    « Auparavant, les tuteurs étaient plus jeunes, pas payés et peu motivés, explique Cedvet Ozcelik, étudiant en troisième année. Les boîtes privées étaient quasiment un passage obligé pour réussir le concours. » Lui aussi a fait appel à leurs coûteux services, de 1 500 à 3 000 €, lors de son arrivée à la faculté. Désormais, comme 119 autres tuteurs, il se charge lui-même de rédiger deux QCM (questions à choix multiples) par semaine, similaires à ceux qui attendent les PCEM1 lors des sessions annuelles d'examens. Comme dans les « prépas » privées, les résultats aux tests donnent lieu à un classement. Et la progression dans l'apprentissage est désormais très encadrée, rendant moins déterminant le soutien des boîtes privées, dont la fréquentation a baissé de 17 %.

    "En médecine, on perd tous ses amis"

    Demeure pourtant un point noir. Au démarrage de l'expérimentation, le père d'un étudiant était entré en résistance pour relayer des rumeurs de tentatives de suicide et de dépressions nerveuses. « En médecine, on perd tous ses amis, témoigne Cedvet Ozcelik. On ne rentre de la fac que pour s'enfermer et travailler. » Il en est beaucoup pour regretter, comme lui, les facéties des carabins qui égayaient les cours. Aujourd'hui, avec huit heures de présence hebdomadaire contre vingt auparavant, il y a beaucoup de liens qui ne se nouent pas. « 75 % des étudiants déclarent se sentir isolés, note Jean-Luc Bosson. Mais ils étaient déjà 60 % à se déclarer ainsi avant la réforme. »

    Malgré tout, relève ce biostatisticien, « le nombre d'étudiants qui se présentent à l'examen est en hausse de 5 % ». L'indicateur tempère les inquiétudes. En outre, ce n'est pas le souci de certaines universités qui ont suivi avec intérêt l'expérience, également observée de près par le ministère de l'enseignement supérieur. Les universités de Tours, de Montpellier et de Reims ont envoyé des délégués sur place afin de se faire une idée par elles-mêmes de l'efficacité du système. L'université d'Amiens pourrait même adopter la méthode dès la rentrée 2009. Et le DVD circule dans les universités de Madagascar, du Cameroun et de Djibouti...
    Bénévent TOSSERI

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    Juste pour mémoire, Gérard Larcher, nouveau président du Sénat et à ce titre 2ème personnage de l'Etat, affirmait en novembre 2005 que les violences urbaines étaient "certainement" dues à la polygamie... C'était très précisement le 15 novembre 2005, dans une interview au Financial Times, en plein pendant les émeutes.

    Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'Académie française, s'était elle aussi fait remarquer au même moment pour ses déclarations à l'emporte-pièce sur le lien quasi-automatique établi entre propension à la violence et polygamie, voire entre race et violence : "Ces gens, ils viennent directement de leurs villages africains. Or la ville de Paris et les autres villes d'Europe, ce ne sont pas des villages africains. Par exemple, tout le monde s'étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l'école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C'est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et 25 enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues." C'était en 2005 également, dans une interview à la chaine russe NTV.

    Quoi, le Sénat et l'Académie française sont conservateurs ?!

    KA 

     

     

     



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