• La stratégie Buisson

    On connaît depuis longtemps la stratégie - classique - inspirée par M. Buisson pour que Nicolas Sarkozy remporte l'élection présidentielle : rassembler l'électorat conservateur au premier tour, et élargir au centre au second tour.

    Cette stratégie implique d'être bien positionné à l'issue du premier tour sans pour autant arriver en tête - ce n'est pas nécessaire compte tenu des réserves de voix sur lesquelles le candidat de l'UMP pourra compter entre les deux tours. Pour être bien positionné à droite et rassembler au moins 25% des scrutins, c'est sur l'aile droite - et donc le FN - qu'il faut rogner des parts. Cela est d'autant plus viable qu'avec des intentions de vote qui ne cessent de croître et vont sans doute se stabiliser autour de 18%, Bayrou obère le centre - sur lequel pourra néanmoins compter entre les deux tours un Sarkozy rassembleur, sans doute avec un Borloo qu'il annoncera comme son futur premier ministre. Conquérir l'aile droite de l'UMP et une partie des voix de l'extrême-droite, Sarkozy le fait avec succès depuis un an et demi, précisément depuis le discours de Grenoble (Juillet 2010). il le fait sur les thèmes suivants : l'immigration et la délinquance. Et avec les instruments suivants : Claude Guéant, son ministre de l'Intérieur, et ce groupuscule d'utiles histrions qu'est "La droite pupulaire" constitué de parlementaires clairement ancrés à la frontière de la droite et de l'extrême-droite comme Christian Vanneste, hostile depuis toujours au "cordon sanitaire" érigé par la droite dite "républicaine", sous la férule de Jacques Chirac, dans les années 80 et 90.

    La "droitisation" du président et de l'UMP, à grand renfort de conventions sur l'islam et l'immigration et de formules-choc distillées dans la presse - comme très récemment par Claude Guéant sur ces "malfaiteurs venus de l'étrangers" - procèdent d'une stratégie de premier tour parfaitement rôdée : isoler Marine Le Pen sur le terrain socio-économique sur lequel il restera le plus fort et la délester d'une partie des thèmes sociétaux (l'immigration et l'insécurité) qui faisaient il y a peu le coeur du projet de son père, Jean-Marie Le Pen. Il ne faut pas s'étonner - ce qui nempêche pas de s'en indigner - des saillies xénophobes redondantes de Guéant et alii, ni de la bataille des chiffres menées tambour battant sur le terrain sécuritaire - et peu importe que ces statistiques obsolètes, voire fausses, sortent tout droit du chapeau ; l'essentiel est d'occuper le double terrain électoral de la lutte contre l'immigration et contre la délinquance tout en laissant Marine Le Pen s'enliser dans un discours socio-économique mal ficelé et peu crédible (comme l'a ce WE fort bien mis en lumière l'interview d'Anne-Sophie Lapix sur Dimanche+).

    De ce point de vue, le mouvement tactique consistant à tenter de légiférer en faveur de la reconnaissance du géncide arménienne permet d'atteindre deux objectifs parfaitement complémentaires dans le cadre de cette stratégie : 1) attaquer un pays musulman gouverné par un parti qualifié d'islamiste (donc careresser dans le sens du poil l'électorat très droitier de l'UMP et amadouer une frange de l'électorat frontiste) et 2) récupérer d'un seul coup une bonne partie des quelques 400 000 votants de la communauté arménienne de France, chrétiens et installés en France dans des bastions de la droite (Issy-les-Moulineaux, Marseille, Nice par exemple) ou des villes à conquérir (Lyon).

    Laisser Guéant et ses lieutenants de la droite populaire séduire les électeurs du Front National tandis que lui se concentre sur la gestion de la crise et affermit sa stature, c'est le meilleur moyen de tenir ensemble les deux leviers de sa stratégie de premier tour : il ne se salit pas et garde relativement intacte sa capacité à rassembler le centre droit pour le second tour et vide une grande partie du discours de Marine Le Pen, sa seule vraie rivale dans cette compétition, en ne lui laissant que ce sur quoi elle n'est pas crédible : l'économie.

    Au total et en dépit d'un bilan catastrophique et d'une image désastreuse dans l'opinion, Nicolas Sarkozy n'a qu'à faire deux choses pour (re)gagner cette élection : continuer à apparaître comme celui qui tient la barre, comme le capitaine à la manoeuvre dans un contexte de tempête, et laisser ses soutiens faire tout le raffut nécessaire sur les thèmes de l'insécurité et de l'immigration pour faire croire qu'il reste actif sur ce terrain-là aussi.


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