• Le CV anonyme pénaliserait les candidats issus de l'immigration et résidant en ZUS

    Une étude menée par une équipe de chercheurs du Centre de recherche en économie et statistiques (Crest), de J-PAL et de l'Ecole d'économie de Paris a évalué l'impact du CV anonyme expérimenté dans 8 départements par Pôle emploi entre novembre et décembre 2010. Selon cette étude :

    - le CV anonyme contrecarrerait la tendance habituelle des recruteurs à privilégier leurs semblables ;

    - le CV anonyme n'impliquerai aucun surcoût pour les entreprises qui choisissent de le mettre en oeuvre ;

    - surtout, le CV anonyme pénaliserait les candidats issus de l'immigration ou résidant dans des ZUS (zones urbaines sensibles).

    Très surprenante, cette dernière conclusion est ainsi expliquée par les chercheurs qui ont réalisé cette étude :

    "Il ne s’agit pas d’un artefact lié à l’expérimentation, qui aurait stimulé les entreprises recevant des CV nominatifs à modifier leur comportement (« effet placebo »). Il ne s’agit pas non plus, ou pas seulement, d’un problème de représentativité des entreprises qui ont accepté de participer à l’expérimentation. Les recruteurs de l’expérimentation ne viennent pas seulement d’entreprises déjà exemplaires en matière de discrimination et pour lesquelles le CV anonyme serait superflu, voire viendrait perturber une politique de recherche de diversité dans les recrutements. Reste l’hypothèse subtile mais plausible d’une interaction entre signaux envoyés par le corps du CV et signaux envoyés par le bloc état‐civil : il se peut que l’anonymisation du CV, en ôtant de l’information sur les candidats, ait empêché les employeurs de réinterpréter à l’avantage des candidats potentiellement discriminés les autres signaux du CV. Par exemple, les « trous » dans le CV pourraient être expliqués par un accès plus difficile à l’emploi lorsque le CV montre que le candidat réside en ZUS, mais pas lorsque cette information est masquée."

    Autrement dit, les recruteurs seraient plus indulgents à l'égard de candidats dont l'état-civil, et notamment l'origine (ethnique ou sociale, à travers le lieu de résidence), permettrait de relativiser les éventuelles carences du profil (manque d'expérience, erreur d'orientation, année blanche de la formation...).

    Plusieurs testings (essentiellement réalisés par l'observatoire des discriminations de Paris 1) avaient pourtant, ces dernières années, démontré que la mise en évidence sur le CV des informations relatives à l'état-civil pouvait, ceteris paribus, multiplier par 2, 3 ou 4 la probabilité, pour un candidat issu de l'immigration ou résidant en ZUS, de ne pas être convoqué à un entretien d'embauche.

    A suivre, donc...



  • Commentaires

    1
    Nadia
    Mardi 12 Avril 2011 à 01:06
    conférence
    bonjour, ou peut on vous contacter svp ? J'aimerais vous inviter à une conférence. cordialement
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