• Le multikulti est-il mort ? Convergence franco-allemande sur la remise en cause du multiculturalisme.

    Le « multikulti » est-il mort ?

    Chez nos voisins d’outre-Rhin, tout vient d’un livre-choc, Deutschland schaff sich ab (L’Allemagne s’auto-détruit – non traduit en France à ce jour), écrit par Thilo Sarrazin, un haut-fonctionnaire, ancien vice-président de la BundesBank, qui s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires. En substance, Thilo Sarrazin dresse l’acte de mort du « Multikulti » allemand, le rêve d’une société multiculturelle dans laquelle les minorités, et en particulier les Allemands d’origine turque, vivraient en harmonie les unes avec les autres, en étant d’accord sur l’essentiel tout en conservant une singularité, ou originalité, culturelle. Et pour Thilo Sarrazin, l’islam est la cible toute désignée.

    Cette opinion, assez largement répandue en Europe de l’ouest et encore accrue par le contexte de crise économique, est très étonnante en Allemagne où les fantômes de la seconde guerre mondiale continuent de rôder dans l’imaginaire national. Affirmer la fin du multikulti, et avec lui de l’utopie postnationale chère à Habermas et aux penseurs de l’Ecole de Francfort, c’est en quelque sorte brandir à nouveau l’étendard du nationalisme et revenir au vieil essentialisme allemand de la monoculture (« Leitkultur ») que l’on croyait avoir disparu. Certes, Thilo Sarrazin a été viré de son poste au directoire de la BuBa et une grande partie des élites allemandes ont condamné son pamphlet, mais il est peu de dire que son écho est considérable. Horst Seehofer, le dirigeant des conservateurs bavarois, affirmait en octobre dernier que le multikulti était mort et, dans son sillage, Angela Merkel déclarait que : « Nous nous sentons liés aux valeurs chrétiennes. Celui qui n’accepte pas cela n’a pas sa place ici ». Quant aux Allemands, ils sont de plus en plus nombreux, à en croire les sondages, à adhérer à ce jugement. Pour 40% d’entre eux (comme en France), les musulmans représentent une menace.

    Multikulti contre Leitkultur, multiculturalisme contre monoculture – ou assimilationnisme ? Les débats sont vifs et, hélas, assez peu nuancés. Ils opposent d’un côté des différentialistes farouches qui, au nom de la diversité culturelle, réclament des droits spécifiques pour les minorités et, parfois même, font preuve de sécessionisme, et d’un autre côté des mono-cultureux tout aussi radicaux qui, en accusant l’islam et les immigrés de dissoudre l’identité allemande, essentialisent la controverse au nom d’une prétendue culture majoritaire blanche et chrétienne. 

    Ces débats font bien sûr écho aux nôtres, à au moins trois égards. D’abord, ils interviennent sur fond de crise économique et de fragilisation de la population. La tentation de chercher un bouc émissaire, une victime expiatoire, y est donc, comme d’habitude, plus forte. Les immigrés, et en particulier ceux qui sont perçus comme les plus éloignés d’une norme supposée, donc menaçants, en prennent pour leur grade. En France comme en Allemagne, les musulmans sont les cibles idéales. Ensuite, l’articulation plus compliquée, globalisation oblige, entre des groupes minoritaires et le creuset national, entre l’unité et la diversité, a fortiori lorsque lesdites minorités éprouvent des inégalités et des discriminations qui tendent à radicaliser leur rapport à leur culture d’origine, au détriment de la culture nationale. Enfin, une forme de repli de la droite conservatrice qui exploite les craintes de l’opinion et flatte son électorat en ressuscitant de vieilles lunes comme l’identité nationale (chez nous) ou la Leitkultur (chez nos voisins Allemands) et, ainsi, en malmenant les remparts dressés contre cette tentation : les valeurs républicaines chez nous et le patriotisme constitutionnel chez eux.

    Pour autant, en France comme en Allemagne, une voie médiane existe entre un différentialisme à tout crin et l’apologie d’une culture – ou identité – nationale réduite à sa souche au détriment de tous les autres. L’articulation, ou la discussion, des identités plurielles dans un cadre national n’est pas impossible. Le respect de certaines différences, religieuses notamment, n’est pas incompatible avec l’allégeance à des principes communs, pourvu que ceux-ci soient positifs et inclusifs. Chez nous comme en Allemagne, toutes les enquêtes d’opinion l’attestent : les musulmans sont dans leur écrasante majorité attachés à la République, à ses principes et à ses valeurs ; ils participent à la vie de la cité et n’ont aucune velléité sécessionniste ou communautariste. Et si nos droites, en France comme chez la plupart de nos voisins d’Europe du nord, se cramponnent, du fait des circonstances, au mythe de l’assimilation et d’une culture nationale épurée, la gauche doit s’emparer de ces débats et ne plus rester muette. Rechercher la meilleure articulation possible entre égalité et diversité, articuler un discours sur la République qui soit inclusif, qui parle à toutes les composantes de la société, et non exclusif.  

    KA

     


  • Commentaires

    1
    Catherine W.
    Mercredi 2 Février 2011 à 19:10
    multiculturalisme
    bonjour, merci pour cet article intéressant. Pouvez vous me dire quels sont les pros et anti multiculturalisme en France ? merci. je dois faire un travail sur ce sujet dans mon universite. cordialement, catherine
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