• Note d'Eric Keslassy sur la diversité en politique

    Dans une note que vient de publier l'institut Montaigne, le sociologue Eric Keslassy analyse - et mesure - de façon très intéressante la diversité (entendue ici sur le plan culturel, soit les Français d'origine étrangère) dans le monde politique.

    En voici un compte-rendu et les principales propositions :

     -          Selon un sondage réalisé en décembre 2008 par le CSA pour l'Institut Montaigne, une majorité de Français (57%) considèrent qu'il n'y a pas assez d'élus issus de la diversité au Parlement. La sous-représentation des « minorités » dans le champ politique est donc clairement constatée par l'opinion.

    -          Selon le même sondage, une forte majorité de personnes interrogées (85%) se déclarent personnellement prêtes à voter pour un(e) candidat(e) issu(e) de la « diversité, mais dans le même temps, à 58%, pensent que les Français n'y sont pas prêts. Comme le relève Keslassy, il y a donc un fort décalage entre les intentions individuelles et la perception de la volonté collective.

    -          Le parlement est le temple de la sous-représentation des minorités visibles : sur 555 élus de la métropole, trois députés sont donc issus des minorités visibles, soit 0,54 %. Au Sénat, sur les 305 sièges de la métropole, 4 sont occupées par des représentants « issus de la diversité », soit une proportion de 1,31%. Assemblée nationale et Sénat confondus, 0,81% des parlementaires sont issus des minorités « visibles ». Ce chiffre terrible traduit leur sous-représentation manifeste et, au-delà, le décalage encore persistant entre les principes proclamés et la réalité constatée.

    -          C'est au niveau municipal que la progression des Français d'origine étrangère est la plus forte, mais elle reste relative : sur le plan quantitatif, il y a dans les 10 plus grandes villes de France entre 4,91% (Bordeaux) et 13,81% (à Strasbourg) d' « élus de la diversité ». Notons qu'à Paris, seuls 6,1% des élus sont issus de la diversité tandis qu'à Marseille ils ne sont que 5,94%. Néanmoins, si la proportion d'élus aux conseils municipaux des grandes villes a progressé lors des municipales de 2008, force est de constater que cela est essentiellement du au scrutin de liste et que sur ces listes les élus issus de la diversité occupent souvent les dernières places (au-delà de la 10ème place).

    -          Sur le plan international, Keslassy observe que « les Pays-Bas et, dans une moindre mesure, l'Angleterre28 parviennent à une représentation politique « convenable » des minorités à l'échelon national (cela se vérifie encore davantage au niveau local pour les deux pays). En revanche, les parlements de l'Italie et de l'Espagne sont quasiment monocolores. En Allemagne, la minorité turque trouve, lentement mais sûrement, sa place en politique : 5 députés d'origine turque ont été élus lors des dernières élections législatives fédérales (septembre 2005). Et il faut ajouter que Cem Ozdémir – l'un des premiers députés d'origine turque à être entré au Bundestag – vient d'être élu co-président du parti vert en Allemagne (avec 80 % des voix). »
    <?xml:namespace prefix = o /><o:p> </o:p>-          Les causes de cette sous-représentation chronique, en France, sont bien connues. En premier lieu, le caractère conservateur et ultra-concurrentiel d'un monde politique marqué notamment par le carriérisme, la prégnance des « rentes » et une très forte professionnalisation pénalise les Français d'origine étrangère aussi bien que les femmes – dont la progression dans les diverses structures de représentation n'est liée qu'à la contrainte résultant de la loi sur la parité. En second lieu, les partis politiques ont toujours peiné à penser et à intégrer la diversité du corps social. A cette raison s'ajoute l'importance des préjugés et des représentations négatives qui, du côté des responsables politiques, constituent encore un obstacle au recrutement et à la promotion (à l'acceptation aussi, d'une façon plus générale) de personnes qui s'écartent de la norme en vigueur, que ce soit par les caractéristiques culturelles (origine ou religion) ou par la trajectoire sociale (diplômes, etc.). Enfin, les membres des minorités visibles portent elles aussi, peut-être, une part de responsabilité dans la sous-représentation qui les frappe, par exemple en s'écartant délibérément, souvent par dépit, du champ politique, en rechignant à s'intégrer dans les trajectoires classiques du militantisme politique, en se livrant à une concurrence terrible dans la conquête des quelques places vacantes.

    KA


    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>Voici les principales propositions formulées par Eric Keslassy :
    <o:p> </o:p>AGIR EN AMONT DE LA CARRIÈRE POLITIQUE
    <o:p> </o:p>1. Ouvrir les grandes écoles à la diversité grâce à des politiques d'action positive.
    <o:p> </o:p>2. Ouvrir la haute fonction publique à la diversité en y favorisant l'accès des diplômés de l'université.
    <o:p> </o:p>Les diplômés des grandes écoles et de la haute fonction publique forment une partie importante du personnel politique. En luttant contre l'homogénéité sociale de cette élite, on peut espérer voir des profils « atypiques » émerger en politique.
    <o:p> </o:p>MODIFIER LE SYSTÈME POLITIQUE
    <o:p> </o:p>3. Introduire une dose de proportionnelle lors des élections législatives.
    <o:p> </o:p>Le scrutin uninominal est très défavorable aux minorités visibles. Introduire une dose de proportionnelle aurait un effet positif sur la diversité des élus à l'Assemblée nationale.
    <o:p> </o:p>4a. Limiter le cumul des mandats et des fonctions.
    <o:p> </o:p>Pour les ministres : interdire le cumul d'une fonction ministérielle et d'un mandat local.
    Pour les députés : établir la règle « un élu, un mandat », ce qui entraîne l'interdiction absolue de cumuler tout mandat local avec un mandat de député.
    Pour les sénateurs, représentants des collectivités territoriales : autoriser le cumul avec un mandat local, à condition que celui-ci ne soit pas exécutif.
    <o:p> </o:p>4b. Limiter dans le temps le nombre de mandats électifs successifs (3 mandats).
    <o:p> </o:p>En politique, le nombre de places est réduit. Par conséquent, il faut en libérer pour que de nouveaux visages puissent apparaître : limiter le nombre maximum de mandats électifs successifs à trois est donc une mesure prioritaire.
    <o:p> </o:p>5. Accorder le droit de vote aux résidents étrangers non européens aux élections locales.
    <o:p> </o:p>L'objectif de cette proposition est d'élargir le corps électoral pour « obliger » les partis politiques à tenir compte de la diversité de la société.
    <o:p> </o:p>RECOMMANDATIONS AUX PARTIS POLITIQUES
    <o:p> </o:p>6. Demander aux partis politiques de remettre tous les deux ans un rapport sur la diversité
    au président de la HALDE.
    <o:p> </o:p>Ce rapport devrait rendre compte des efforts produits par chacune des formations politiques en ce qui concerne la promotion politique des minorités visibles. Plus que des objectifs chiffrés, il s'agirait de pouvoir mesurer les efforts réalisés en termes de pratiques, d'actions et de résultats
    <o:p> </o:p>7. Organiser des primaires ouvertes aux « sympathisants » dans chaque circonscription pour la désignation des candidats aux élections législatives.
    <o:p> </o:p>Favoriser la représentation politique des minorités visibles à l'Assemblée nationale suppose aussi de changer les modalités de désignation des candidats aux élections législatives. Nous proposons l'organisation de primaires ouvertes (ou semi-ouvertes) systématiques. Cela aurait pour effet, dans certains territoires, de faciliter l'émergence de personnalités politiques locales issues de la diversité. En outre, il octroierait une légitimité incontestable au candidat désigné, ce qui devrait limiter considérablement les candidatures dissidentes.
    <o:p> </o:p>LE RÔLE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
    <o:p> </o:p>8. Inviter le président de la République à demander officiellement et publiquement un effort aux partis politiques en matière de diversité.
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>

     


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