• El Watan,10.01.2011


    Karim Amellal voit en les émeutes qui secouent l’Algérie une expression d’abandon et de défiance. La mauvaise redistribution des richesses a créé des inégalités insupportables pour les classes populaires. L’augmentation des prix a été l’étincelle.

    - Comment analysez-vous les émeutes qui secouent plusieurs villes algériennes ?


    Ce type de protestation radicale se déclenche le plus souvent dans le cadre d’une séquence récurrente qui comprend plusieurs ingrédients : des difficultés structurelles très fortes (chômage massif, inflation, pénurie de logements, etc.) et croissantes malgré une croissance économique très importante et des ressources financières énormes grâce aux hydrocarbures ; un sentiment global d’abandon et de défiance qui enfle et se transforme peu à peu en colère puis en rage ; et enfin une étincelle.
    L’étincelle, ici, ce fut l’augmentation des prix des produits de base, ressentie très douloureusement pour des jeunes – les moins de 30 ans représentent les trois quarts de la population algérienne ! - issus de familles dont les produits alimentaires représentent en moyenne la moitié du budget. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase du sentiment d’injustice : l’insuffisante redistribution des richesses et le poids des contraintes qui écrase les classes populaires sont insupportables.

    Le point essentiel, au-delà de la séquence, c’est le creusement des inégalités en Algérie depuis l’ouverture économique et la perception croissante de ces inégalités : une infime minorité s’enrichit de façon éhontée et visible, souvent grâce à la corruption qui gangrène les structures de l’administration, tandis que l’écrasante majorité voit son pouvoir d’achat se dissoudre dans la cherté et les tracasseries du quotidien. La plupart des Algériens aujourd’hui considèrent qu’ils sont les victimes sacrificielles des choix économiques et politiques réalisés depuis les années 2000 : leur vie ne s’améliore pas et, pour les catégories populaires aux revenus les plus modestes, non seulement elle se détériore, mais l’horizon est plus noir que jamais.


    - Peut-on comparer le cas algérien à celui de la Tunisie ?


    Il y a des similitudes et des divergences. Ces dernières me semblent néanmoins plus importantes que les premières. D’abord, il est vrai que ces deux événements s’enracinent dans des difficultés économiques et sociales qui sont à bien des égards comparables : les jeunes Tunisiens partagent avec leurs voisins algériens le sentiment d’injustice, d’être les laissés-pour-compte de la croissance. Le chômage endémique et l’absence de perspectives se déploient dans un pays qui, contrairement à l’Algérie, voit toute l’année défiler sous ses yeux des touristes qui contribuent massivement à une richesse nationale dont ils ne voient pas la couleur. Cela accroît les tensions et les frustrations, mais il faut bien voir que la Tunisie vit sous une chape de plomb et non l’Algérie : même s’il y a des progrès à faire, la presse y est libre, l’expression de désaccords est possible, la parole n’est pas corsetée dans la peur de la répression.
    Il faut bien avoir en tête que la Tunisie est un régime policier féroce : les Tunisiens sont surveillés et ne peuvent pas s’exprimer quelle que soit leur place dans la hiérarchie sociale. Tout cela dans un régime qui incarne jusqu’à l’absurde les inégalités et la corruption. Ce qui se passe en ce moment, me semble-t-il, c’est le réveil de la société civile : les manifestants défient les interdits et les menaces ; des avocats défilent dans la rue et bravent les périls. La revendication économique est doublée d’une revendication politique.


    - Il y a beaucoup de similitudes…


    Il faut replacer ces protestations dans un temps plus long. En Algérie, ce n’est pas la première fois qu’il y a des émeutes à forte dimension sociale et économique – plus que politique. C’est un phénomène récurrent depuis dix ans, là encore depuis une ouverture économique menée à la serpe qui creuse les inégalités et nourrit le sentiment d’injustice.
    En Tunisie, en revanche, c’est un phénomène nouveau et beaucoup plus politique, même s’il se fonde sur un mécontentement populaire d’ordre social qui s’est cristallisé tragiquement à Sidi Bouzid. C’est l’absence des libertés qui est proclamée. C’est la démocratie qui est revendiquée.


    - Est-ce une énième poussée de fièvre ou pensez-vous que ce mouvement risque de durer ?


    C’est un mouvement spontané, non encadré, non catalysé et je crois que ce mouvement va s’éteindre, comme les précédents, dans un mélange de répression et de recul sur les motifs de l’explosion.
    La hausse des prix va tenter d’être jugulée. Les Algériens vivent encore dans le souvenir des années 1990, de la guerre civile, d’une violence destructrice. Même si la violence, sur fond de ras-le-bol généralisé face à un pouvoir qui semble autiste, constitue un exutoire conjoncturel, la priorité n’est pas, pour beaucoup, à la révolte, mais à la conquête d’une vie décente. C’est ce que doivent garantir les autorités en répartissant dès maintenant et équitablement les 90 milliards de dollars de réserves de change qui forment le trésor national. 


    - En regardant les images, on pense nécessairement au 5 octobre 1988. Sommes-nous dans la même configuration ?


    Non, je ne crois pas. Il y a un moment fondamental et tragique qui nous sépare de 1988 : les années 1990, la guerre civile. Les Algériens n’ont à aucun prix envie de revivre cela. Et le contexte est très différent : les années Bouteflika ne sont pas les années Chadli, la croissance économique actuelle contraste avec les années de crise et de sclérose des années 1980, les circonstances politiques, elles aussi, ne sont pas les mêmes.
    Les conquêtes de 1988 (le multipartisme, la liberté de la presse) ont été ébréchées mais elles existent toujours. Le rôle de l’armée a sensiblement évolué. Bref, la configuration n’est pas la même qu’en 1988, même si elle est très loin d’être satisfaisante sur les plans politique et économique.
    Au-delà de l’analyse politique, il y a une différence majeure entre la période actuelle et les années 1980 : c’est la très forte croissance économique actuelle qui n’existait pas à cette époque-là (1980).
    Grâce à elle, il est possible d’agir sur les problèmes des Algériens, d’éviter qu’ils ne s’aggravent, de réduire la corruption. Les conditions sont réunies. Encore faut-il agir.

    Rémi Yacine

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    El Watan, édition du 29 mai 2006

    Le terroriste, cet inconnu 


    Pour son second livre, l’auteur de Discriminez- moi ! Enquête sur nos inégalités (Flammarion), Karim Amellal, s’amuse à détourner les discours officiels, à se moquer des médias. Ce n’est plus du zapping mais un rapt du pop’art. Cités à comparaître, éditions Stock, est un voyage dans la schizophrénie. Au pays des terrorismes.

     

    Qui est donc ce terroriste que vous décrivez dans votre livre ?

    On ne le sait pas et il ne le sait pas lui-même ! Ça peut être tout le monde, tous ceux du moins qui vivent dans des conditions de dénuement extrême. Je voulais, dans ce livre, faire voler en éclats les innombrables préjugés qui existent lorsque l’on parle des cités, du terrorisme, des jeunes issus de l’immigration : il n’y a pas d’équation systématique. Je rejette l’idée de violence ethnique ou religieuse au même titre que l’ensemble des thèses ineptes faisant presque mécaniquement du musulman, de l’immigré ou du jeune issu de l’immigration un terroriste en puissance. Cela n’est pas la réalité. Du coup, dans mon livre, le personnage principal ignore son identité : normal, il ne sait pas qui est son père ! Ce que je pense, c’est que la religion ou l’origine n’ont rien à voir avec le fait qu’un individu, à un moment donné, renonce et s’abandonne dans une spirale d’échecs qui, parfois, peuvent le conduire à faire des choses extrêmes. Ce qui compte, c’est la façon dont le milieu, l’environnement, les conditions de vie, le béton, l’absence d’horizon sculptent une identité et la rendent explosive.

    Vous faites dans le pop’art, dans le détournement de la pub, de la télé, etc. Est-il difficile de vivre à contre-culture.... ?

    Oui, lorsque celle-ci est présentée comme une » sous-culture » sans valeur. Mais la « culture des cités », pour parler rapidement, car elle n’est pas circonscrite aux seuls quartiers défavorisés, est une « vraie » culture - si le mot vrai peut avoir un sens ici - qui se nourrit aussi bien de la culture classique, scolaire, que de la mondialisation, du métissage, de l’apport d’autres cultures et d’autres langues comme l’arabe ou le kabyle par exemple. C’est à la fois une contre-culture, dans la mesure où elle est contestataire et revendicatrice, mais aussi une para-culture qui se développe à côté des autres cultures. D’ailleurs, j’aime bien votre allusion au pop’art et je m’y retrouve complètement. La » culture des cités » qui sert de fondement à mon roman est une culture de détournement et de recomposition, une esthétique de recréation autant que de récréation. Certes, la langue parlée par les jeunes des cités peut faire peur au premier abord. Elle paraît violente, agressive, sexuellement discourtoise (c’est le moins que l’on puisse dire !). Et pourtant, derrière cette façade, elle est d’une richesse inouïe, pleine d’humour, d’images, de référents déformés et réappropriés. Elle renouvelle la langue française bien plus qu’elle ne la défigure.

    Votre personnage n’est pas verni. Orphelin de père, mère prostituée, vous ne lui donnez pas beaucoup de chances pour s’en sortir. Il a le choix entre tenter sa chance dans la télé réalité ou se suicider...

    Le personnage de mon roman représente une trajectoire extrême. Il n’a sûrement pas vocation à « représenter » tous ceux qui vivent dans un quartier difficile. Il cumule les handicaps, les « inégalités de départ » comme on dit verbeusement en sociologie. Ce que j’ai voulu faire, c’est montrer qu’il est très difficile, quasiment impossible même, lorsqu’on cumule les problèmes, de faire les bons choix. Beaucoup, aujourd’hui, disent que si les jeunes des cités ne réussissent pas, c’est parce qu’ils ne le veulent pas, parce qu’ils sont feignants ou qu’ils cèdent trop facilement aux sirènes de l’argent facile, du deal, etc. Cet argument est très faible et réducteur ! Mon intention n’est pas d’excuser, mais de comprendre. Comment un type qui n’a rien, ne possède rien, n’a personne, pas même sa mère pour lui venir en aide et lui montrer le bon chemin pourrait-il réussir, faire les bons choix ? C’est pour cela que je me suis mis dans la tête d’un type comme ça, dans sa peau aussi, pour montrer que, dans un système aussi caricaturalement darwiniste, seuls les plus forts subsistent à la fin. Or nous avons ce système-là en France, c’est celui des quartiers difficiles : un système qui produit de l’exclusion, de la rancœur, de l’humiliation et au total des trajectoires extrêmes. Un système dans lequel seules quelques exceptions surnagent, lesquelles sont mises en avant pour montrer que, finalement, tout ne va pas si mal dans le moins pire des mondes...

    Vous changez complètement de style avec votre nouveau livre. On est loin de Discriminez-moi !. Là, la discrimination est faite, pas positive évidemment. Après le cri de cœur, l’explosion (sociale) ?

    L’explosion n’est pas que dans mon livre ! Ce n’est pas une vue de l’esprit ! Nous avons assisté à une explosion en France à l’automne dernier. Celle des banlieues. Ce fut une terrible explosion qui était, du reste, complètement prévisible, mais qui a donné lieu à tant d’étonnements, d’incompréhensions que cela en devint ridicule. Je crois que beaucoup ne s’imaginent pas le sentiment qui prévaut chez beaucoup de jeunes des quartiers, issus de l’immigration ou pas car cela, une fois de plus, n’a rien à voir. Nous sommes au-delà du désespoir et au bord, sans aucun doute, d’une nouvelle explosion qui, si rien n’est réellement fait, sera bien plus dévastatrice que la précédente.

    Karim Amellal est-il un immigré choisi ?

    (Rires) Non, je ne suis pas un immigré choisi, ni un immigré tout court, d’ailleurs ! Je suis né en France d’une mère française et d’un père algérien et j’ai vécu plusieurs années en Algérie, mais je me définis comme un Franco-Algérien, fier de ces deux pays et aussi à l’aise dans l’un que dans l’autre. Je ne crois pas, comme beaucoup d’hommes politiques en ce moment, que l’immigration soit une plaie, un fardeau. Sans ses immigrés, d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, la France ne serait pas ce qu’elle est. Ce sont eux qui ont contribué, par vagues successives, à son essor, à sa grandeur, à sa reconstruction. Ce n’est pas faire preuve d’angélisme que de dire cela, c’est une réalité historique. Et il ne faut pas que les problèmes d’ « intégration » - sociaux pour la plupart - de certains jeunes nés en France de parents ou de grands-parents immigrés fassent perdre de vue cette réalité. C’est malheureusement, avec cette nouvelle loi « Sarkozy », ce qui est en train de se passer : l’immigration est présentée comme forcément « subie » ; il faudrait par conséquent y mettre un terme, ou, ce qui est une autre manière de le dire, » choisir » ceux que l’on veut. Enfin, je trouve déplacé de prélever leurs élites aux pays d’émigration, surtout des pays d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire, alors même que nos gouvernants crient sur tous les toits qu’il faut que le continent africain se développe par lui-même. Quoiqu’il en soit, les arrière-pensées de tout cela n’échappent à personne...


    Rémi Yacine

     

     


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    Karim Amellal (Auteur de l’essai Discriminez-moi !)
    « Nous avons besoin d’un nouveau projet de société »
    Le parcours de Karim Amellal est atypique. Franco-Algérien, il a vécu longtemps en Algérie avant de s’installer dans la banlieue parisienne. Il a fréquenté les grandes écoles et vient de publier un essai ( Discriminez-moi ! Flammarion) qui fera date. A 27 ans, le jeune essayiste crie sa révolte et dit qu’une autre France est possible.

    Avez-vous été surpris par les émeutes qui secouent les banlieues françaises depuis deux semaines et comment les analysez-vous ?

    Non. Ces émeutes étaient à la fois logiques et prévisibles. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Or, cela fait plus de vingt ans que rien n’a été véritablement entrepris pour lutter contre le creusement des inégalités, l’ampleur des discriminations raciales, les multiples ségrégations sociales et économiques qui emprisonnent dans des ghettos les personnes qui vivent dans les quartiers défavorisés, surtout les jeunes. Nos gouvernants ne cessent d’envoyer des signaux négatifs : ils ont peur de l’Islam, peur de la diversité culturelle, peur des quartiers, et comme ils ont peur, ils ont préféré refermer le couvercle sur la réalité des banlieues. Il n’a fallu qu’une étincelle, les mots de Sarkozy, pour enflammer le brasier. Aujourd’hui, on assiste, non à des actes de délinquance sauvage perpétrés par des « racailles », mais à un acte de révolte contre une société et des élites perçues comme autistes. Enfin, je pense que l’importance de ces émeutes doit nous alerter sur le degré de frustration des jeunes issus de l’immigration : ils ne peuvent plus tolérer l’exclusion globale dont ils souffrent, l’absence de représentation, l’impossibilité de sortir du ghetto. A force d’avoir ignoré et laissé pourrir tous ces problèmes, on a créé une situation hautement à risque, proche de celle qui a préfiguré des types bien plus graves d’émeutes raciales, comme aux Etats-Unis.

    Le titre de votre livre, Discriminez-moi, ressemble à un cri de révolte, d’amour et de désespoir...

    Oui. Je suis révolté et désespéré par l’incurie des hommes politiques depuis vingt ans. Nous en sommes toujours au même point et cela fait mal. Le décalage qui existe entre les nobles principes de la République et la cruelle réalité des ghettos français est insupportable. La propension de la France à sans cesse s’ériger en donneuse de leçons à l’étranger, sur le terrain des droits de l’homme notamment, contraste avec son incapacité chronique à se remettre en question, à s’adapter à la réalité d’un pays devenu, qu’on le veuille ou non, multiculturel et multiconfessionnel. Le hiatus existant entre les droits formels affirmés dans les textes et les droits réels liés à une fraction importante de notre société, les personnes issues de l’immigration, est intolérable. Ma révolte vient aussi de ce que notre imaginaire national n’a finalement que peu évolué depuis la colonisation : la figure de l’« autre », l’étranger ou celui qui y ressemble, l’Arabe en particulier, continue de faire peur, de déranger et de susciter le rejet. Je suis donc désespéré et révolté par ce que je vois et ce que j’entends, mais je suis en même temps fier d’être un Français d’origine algérienne. J’aime mes deux pays comme un enfant aime à la fois son père et sa mère.

    Le diagnostic est donc clair : l’intégration à la française est une impasse. Que faut-il faire à votre avis ? Instaurer la discrimination positive ?

    Je ne dis pas que l’intégration à la française est une impasse. Elle a tout de même eu de beaux succès... mais au siècle passé ! Nous devons aujourd’hui adapter ce modèle sans toutefois trop rogner les principes qui le fondent. La République doit « digérer » la diversité culturelle, les différences culturelles, les religions, et non les rejeter en marge, les exclure du système. Nous avons besoin d’un nouveau projet de société, moderne, correspondant à la réalité multiculturelle de notre pays. Les jeunes des quartiers ne croient plus en la République, ils ne savent même pas ce que c’est. Il n’y a plus de « modèle », qu’un grand vide où s’insinuent toutes les frustrations. Pour redonner du sens à tout cela et recréer un modèle, il faut de puissants symboles, il faut une machine à positiver là où il n’y a que de l’échec. Il faut aussi taper un grand coup tant on a accumulé de désespoir. C’est pour cela que je préconise une discrimination positive, provisoirement, afin de produire de l’espoir, de nouveaux horizons de réussite ; bref, pour rétablir une égalité des chances qui aujourd’hui n’existe que sur de vieux parchemins.

    On retrouve dans votre livre, dès la page 20, le mot « racaille ». Quelle est donc l’image aujourd’hui d’un jeune beur ?

    Pour une vaste majorité de la population française, les « beurs » ont une image négative, en témoignent de nombreux sondages d’opinion sur le sujet. En réalité, les clichés sont nombreux et font encore écho, à certains égards, à la prégnance d’un schéma de type néocolonial dans notre imaginaire national. C’est vrai que pour beaucoup de Français, les jeunes beurs qu’ils voient à la télé, arborant une casquette et parlant en verlan, sont des « racailles ». Mais peut-on, à l’instar du ministre de l’Intérieur, se borner à de tels préjugés ? Naturellement non. Le problème, c’est que la très faible représentation (c’est un euphémisme) des personnes issues de l’immigration dans les lieux de pouvoir (grandes écoles, haute administration, politique, grandes entreprises) confirment d’une certaine manière les préjugés : autrement dit, pense-t-on, s’ils ne sont nulle part, c’est que ce sont vraiment des « racailles » ! C’est aussi pour cela qu’il faut des symboles puissants, pour changer les mentalités : plus on verra de personnes issues de l’immigration réussir (ce qui suppose de lever les barrières), plus on rétablira le dialogue, la confiance et la compréhension mutuelle.

    Quand on s’appelle Karim Amellal et qu’on est diplômé de sciences po, est-ce qu’il est facile de trouver du travail ?

    Le fait de passer par des grandes écoles (j’ai fait sciences po mais je suis aussi passé par l’Ecole supérieure de commerce de Paris) facilite beaucoup les choses : cela donne les codes et nous permet de nous insérer dans de bons réseaux. Dans cette mesure, les grandes écoles, pour les personnes issues de l’immigration, n’ont rien à voir avec les universités. C’est d’ailleurs pour cela qu’il faut élargir l’accès des grandes écoles aux personnes issues de l’immigration. Cela dit, j’ai un parcours assez atypique : je suis né en France, d’une mère française et d’un père algérien, et j’ai ensuite vécu plusieurs années en Algérie avant de venir m’installer dans une cité du Val-d’Oise. J’ai maîtrisé très tôt, grâce à mes parents, les codes culturels et sociaux requis pour une progression sociale optimale. Je ne suis pas un vrai « beur », je n’ai pas passé toute ma vie dans un quartier sensible même si je connais très bien cette réalité.




    Rémi Yacine
    2005-11-14/2005-11-14-30127

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