• Après 6 ans de blogg.org, il était temps de faire peau neuve. C'est chose faite avec mon nouveau blog : www.inegalites.wordpress.com !

    Vous y retrouverez mes coups de coeur et mes coups de gueule, mes analyses, mon actu et plein d'autres trucs dont je n'ai pas encore idée tant les perspectives ouvertes par wordpress sont immenses !!

    A très vite...


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  • Mohamed Merah ressemble en tous points à Silou, le héros de mon roman Cités à comparaître, dans lequel j'essayais de brosser le portrait, pas si fictif, d'un gosse paumé, livré à lui-même et récupéré par des individus sans scrupules prétendant agir au nom de l'islam.

    Quand les mêmes causes produisent les mêmes terribles effets...


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  • L'islam n'est le problème, la République est la solution.

    Par Karim Amellal

    En commettant ces actes hideux, Mohamed Merah n’a pas seulement illustré la folie meurtrière, il a aussi porté un coup terrible aux musulmans de France en induisant, une fois de plus, un désastreux amalgame entre l’islam de la République et les comportements antireligieux et racistes de quelques personnes endoctrinées.

    Disons-le tout de suite : les seuls responsables de ce basculement dans la haine, c’est Mohamed Merah et tous ceux qui, sur ce chemin pavé de clous, l’ont endoctriné et lui ont inoculé leur misérable poison.

    Mais ce type de trajectoires doit aussi nous interroger sur la manière dont notre société, en dépit de ses valeurs et de ses principes, a pu laisser prospérer, ou plutôt dégénérer, de tels individus sans qu’aucune vigie, aucun système d’alerte efficace n’envoie aux bonnes personnes au bon moment les bons signaux. Et il y a là quelque chose de très inquiétant à assister, passifs, à une telle métamorphose de la haine, à voir un gosse paumé devenir successivement voyou de quartier et djihadiste international.

    Certes, il est tentant d’analyser cette affaire comme un nouveau symptôme du cancer de l’islam, de cette maladie de l’extrémisme qui le ronge de l’intérieur. Pourtant, ce ne serait voir qu’un bout de la lorgnette et il y a fort à parier que la religion, ou le succédané foireux qui en tient lieu dans le cas de ce tueur, n’est qu’un palliatif, une béquille qui vient faire tenir debout un esprit déjà en déliquescence. Partout et toujours l’extrémisme religieux - prospère sur le même terreau, se nourrit des mêmes herbes : la pauvreté, l’absence de famille, l’abandon et, somme de tout cela, le ressentiment. La « rage », comme l’a dit l’un de ses amis en parlant de lui. Mohamed Merah incarne l’archétype du gosse paumé, fragile, seul parce qu’abandonné par tous et d’abord par sa propre famille, et auquel le « salafisme » va donner un semblant de sens et catalyser la haine.

    Alors qu’y-a-t-il donc de cassé dans notre République pour qu’elle fabrique, ou plutôt pour qu’elle ne parvienne pas à briser de tels itinéraires ?

    Il me semble évident – parce que c’est le cas depuis trente ans en France - que nous verrons à nouveau grandir de telles figures hideuses tant que nous n’aurons pas durablement solutionné le problème des « quartiers sensibles » - où ont grandi, entre autres, Khaled Kelkal, Youssouf Fofana et Mohamed Merah, mis un terme à leur paupérisation et à leur isolement, endigué la violence croissante qui résulte précisément de l’absence de perspectives, d’emplois, d’écoles qui ne remplissent plus, faute de moyens et d’ambition, leurs missions. Ces territoires de la République sont bien des « territoires perdus » où s’insinuent, faute d’autre chose, les pires poisons.

    Et lorsque depuis des années là-dessus se greffent et s’accumulent des discours et des débats qui divisent le pays et jettent l’anathème sur des catégories de citoyens, lorsque s’élabore, à coups de saillies verbales calculées autant que de pratiques administratives honteuses, une xénophobie d’Etat, ce n’est pas tout à fait, dans un pays comme le nôtre où certaines blessures et divisions structurent encore l’imaginaire national, une excellente chose. La République doit ainsi reprendre sa place dans les paroles comme dans les actes.

    Mais agir dans les banlieues et au profit, plus largement, de tous les territoires défavorisés de la République, y compris les zones rurales où la jeunesse y est souvent et tout autant désespérée, ce n’est ni promouvoir un énième plan Marshall ni se contenter de détruire et de reconstruire des tours, c’est avant toute chose éradiquer la pauvreté, rétablir les services publics et en premier lieu l’école et la police de proximité, développer l’emploi, lutter contre la désertification médicale. Bref, c’est réintroduire une forte dose de République partout où elle a disparu.

    Et dans le même temps, parce que c’est un effort collectif qui doit être conduit, les musulmans eux-mêmes, à l’aide du CFCM par exemple, doivent contribuer à débusquer tous ceux qui ne jouent pas le jeu de la République, dans les quartiers sensibles, dans les salles de prières, dans les prisons.

    L’islam n’est pas le problème, la République est la solution.


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  • Trbune sur les derniers propos de Claude Guéant jugeant que les civilisations n'étaient pas égales dans Le Monde.


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  • "Délinquance étrangère" : déchiffrage

    Article publié sur le Huffington Post le 25/02/2012)

    Le 15 février, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) présidé par Alain Bauer a rendu publique une étude qui met en évidence une augmentation importante de la « délinquance étrangère » entre 2006 et 2011.

    D’après l’ONDRP, la part des étrangers parmi les mis en cause pour des atteintes aux biens (vols, notamment) est ainsi passée de 12,8% en 2006 à 17,3% en 2011. Dans le même temps, mais cela a été – fort étonnamment ! – très peu souligné par les autorités, la part des étrangers dans les atteintes à l’intégrité physique (violences, menaces, etc.) s’est quant à elle réduite, passant de 14,2% à 12,4%. Dans la mesure où les étrangers représentent d’après l’INSEE 5,8% de la population française, il est assez facile de conclure, ainsi que l’a fait le ministre de l’Intérieur, à une surreprésentation des personnes de nationalité étrangère dans la délinquance enregistrée par le ministère de l’Intérieur.

    Alors il y a les chiffres, bruts, qui sont propices à toutes les interprétations. Et puis il y a le dispositif dans lequel ces chiffres apparaissent et dont ils ne sont pas séparables. Mais voilà, tout l’appareil méthodologique, les avertissements et les éclaircissements qui accompagnent et mettent en perspective les statistiques sont comme la partie immergée d’un iceberg : invisibles à l’œil nu. Ce problème, habituel en matière de statistiques relatives à la délinquance, et plus encore lorsqu’il s’agit des étrangers, prend évidemment une ampleur plus grande encore en période de campagne électorale. D’où le besoin, concernant les résultats fournis par l’ONDRP, d’un déchiffrage.

    D’abord, des éléments de définition. Ainsi que l’a laissé entendre le ministre de l’Intérieur, les étrangers concernés par cette étude sont-ils des délinquants, c’est-à-dire des personnes qui ont effectivement commis un acte délictueux ? La réponse est non. Comme le rappelle à plusieurs reprises l’ONDRP dans ses mises en garde, il s’agit des personnes « mises en cause », c’est-à-dire suspectées d’avoir commis un acte délictueux, et non des personnes déclarées coupables par la justice : la personne « comptée comme mise en cause n’est pas nécessairement l’auteur d’un crime ou d’un délit ». Les « mis en cause », selon le décret du 5 juillet 2001, ce sont des « personnes à l’encontre desquelles sont réunis (...) des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu’elles aient pu participer, comme auteurs ou complices, à la commission d’un crime, d’un délit ou d’une contravention de 5ème classe (...) ». Bref, le mis en cause n’est pas encore le coupable. Grosse nuance !

    Un autre élément à prendre ici en considération est le taux d’élucidation. L’élucidation, au sens statistique du terme, intervient lorsque les policiers considèrent à partir d’un délit constaté qu’il existe suffisamment de charges à l’égard d’une personne pour la mettre en cause. Son audition par procès-verbal permet alors de dire que l’affaire est élucidée. L’élucidation vient donc en amont, ou est une condition, de la mise en cause d’une personne. Problème (majeur) : beaucoup d’affaires de délinquance, malheureusement, ne sont pas élucidées. Pour certaines catégories d’actes de délinquance, les vols par exemple et toute la « délinquance à victime », c’est-à-dire procédant d’un dépôt de plainte, la proportion d’affaires élucidées est même très faible, autour de 15 à 20%. Or c’est sur ces 15 à 20% d’affaires élucidées, donc ayant conduit à une mise en cause, que se fondent les statistiques de l’étude de l’ONDRP, et non sur l’ensemble (c’est-à-dire les 100%) de la délinquance enregistrée en France.

    Ensuite, qui parle ? Ou plus exactement, d’où viennent ces chiffres et sont-ils fiables ? C’est là une autre raison qui doit nous inciter à la prudence dans leur interprétation. Les chiffres de l’ONDRP sur la délinquance étrangère viennent de la place Beauvau et non de la Chancellerie, laquelle faisait état en 2010 d’une proportion d’étrangers condamnés pour des délits de 12,7%, - contre 17,3% de personnes mises en cause d’après le ministère de l’Intérieur. Et plus précisément d’après « l’état 4001 », la base de données sur la délinquance du ministère de l’Intérieur, du fameux STIC (le système de traitement de l’information criminelle) de la police nationale et du fichier de la gendarmerie nationale (BNSD, qui alimente l’état 4001). Mais voilà : ces fichiers, et en particulier le STIC, fichier distinct de l’état 4001, relatent des informations brutes enregistrées par les forces de l’ordre et souffrent donc des nombreux biais et problèmes de saisie qui caractérisent leur action sur le terrain – ainsi que le rappelle régulièrement la CNIL – qui les rendent contestables.

    L’un de ces biais, particulièrement puissant depuis quelques années, c’est la pression du chiffre qui pèse sur les épaules des policiers. Mais plus que la pression du chiffre qui conduit à interpeller des personnes qui ne sont pas nécessairement coupables (d’où l’explosion du nombre de gardes à vue) ou envers lesquelles les indices de culpabilité demeurent minces, il y a aussi l’effet d’un phénomène intéressant que l’on appelle la « prophétie auto-réalisatrice ». En clair : quand le ministre de l’Intérieur (MM. Hortefeux puis Guéant), voire le président de la République lui-même, disent qu’une catégorie de la population est dangereuse, les forces de police vont avoir tendance à cibler particulièrement cette minorité. L’exemple des Roumains éclaire cette analyse. Selon l’ONDRP (base : STIC), les mis en cause de nationalité roumaine dans des affaires de vol ont augmenté de 114% entre 2008 et 2010, passant de 4350 à 9320. La part des Roumains dans l’ensemble des mis en cause est ainsi passée de 2,8% en 2008 à 5,5% en 2010. Dans le même temps, la part des Algériens, Tunisiens ou Marocains est restée à peu près stable (augmentation de 0,5% en moyenne). Or c’est précisément au cours de cette période que les Roms ont été désignés comme danger public et cible prioritaire des expulsions. Il est donc fort probable que sur le terrain, les messages politiques (voire les instructions ) envoyés par le ministre de l’Intérieur aux forces de police se soient transformés en une « chasse aux Roms » qui s’est traduite par un accroissement soudain du nombre de mis en cause de nationalité roumaine.

    En attendant, la proposition de loi du député UMP Jean-Paul Garraud prévoyant une peine complémentaire d’interdiction du territoire pour les délinquants étrangers présents depuis moins de 3 ans sur le sol national doit être examinée à l’Assemblée nationale le 1er mars.

    K.A.


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