• Réflexions sur la diversité (1)

    Réflexions sur la diversité (1)
    Par Karim Amellal
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    Coup sur coup, deux rapports pointent à nouveau du doigt l'absence de diversité dans les médias. Le premier, officiel, émane du CSA via son « observatoire de la diversité » ; le second, plus cinglant, du club Averroès. A l'heure où le décalage observé entre la France et les Etats-Unis en matière de promotion des minorités fait débat, ces énièmes constats sont lancinants. D'autant plus qu'ils sont très sévères. Pour Michel Boyon, DG du CSA, les conclusions de l'étude de l'Observatoire de la diversité – une progression des minorités à l'écran de seulement 1% an dix ans – sont « inacceptables et intolérables ». De nombreux responsables politiques, à droite comme à gauche, lui ont emboité le pas, à l'instar de Jean-François Copé ou de Frédéric Lefèvre. Pour eux, qui planchent au Parlement sur la loi sur l'audiovisuel public, une telle situation justifierait une action positive à France Télévision.

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    Effet Obama oblige, les responsables publics sont prompts à s'engager, parfois radicalement, sur le sujet. La diversité ne laisse plus indifférent. Michel Boyon veut même en faire « l'un des grands chantiers de l'année 2009 ». Tout le monde s'émeut donc, une nouvelle fois, à l'unisson, de ce que les lieux de pouvoirs en France, les grandes entreprises, les grandes écoles, les médias, la haute fonction publique, ne représentent pas suffisamment la diversité. Tout le monde s'émeut, oui, mais personne ne fait rien.

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    Car cela fait dix ans que notre pays vit au rythme de ces déclarations d'intention, de ces péroraisons et préconisations qui, désormais, à défaut d'actes, sonnent creux, énervent, horripilent. D'autant plus que, dans les circonstances actuelles, la légitimité du discours sur la diversité est elle-même fragilisée.

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    Car de quelle diversité parle-t-on ? De diversité ethnique, sociale, religieuse, des talents, des mérites, des personnalités ? Par diversité l'on entend bien sûr, traditionnellement, par euphémisme, la diversité culturelle. A l'écran, on fait ainsi le compte des noirs, des beurs et des blancs. Ce n'est évidemment pas blâmable, au contraire, tant nos appareils de pouvoir sont monocolores, absolument pas représentatifs de la diversité culturelle, donc, de la population française. Et s'il n'y a pas d'appareil statistique pour mesurer les proportions sur le fondement d'un critère ethnique, mais qu'à-cela-ne-tienne, tant pis, on bricole. On a toujours bricolé sur ce terrain-là.

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    Le problème, c'est que la diversité, surtout en République, ne peut se réduire à la diversité culturelle et la question de la sous-représentation – ou de la mal-représentation – à une question de stigmate culturel. Le problème, en vérité, est bien plus large et il est désormais nécessaire de l'appréhender plus largement, en incluant la diversité culturelle, ou plutôt la différence culturelle, dans une catégorie plus vaste et consensuelle, celle de diversité sociale. L'enjeu est même, et il est grand, de faire de la diversité sociale le nouveau paradigme de la défense de l'égalité des chances, de l'égalité réelle des droits.

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    On le sait bien, nos lieux de pouvoirs ne sont pas seulement blancs, monocolores, blafards. Ils sont aussi élitistes, paralysés par des logiques de cooptation et de favoritisme, engoncés dans des crispations de classes, de privilèges qui, parfois, ont un parfum d'ancien régime. Les médias, naturellement, en tant qu'ils sont les instruments porteurs, les vecteurs, du discours politique, relaient la parole de ceux qui sont dans le système, des insiders, au détriment de tous ceux qui, par leur naissance, par leurs stigmates, restent en-dehors, spectateurs passifs et simples récipiendaires des images et des mots de ceux qui détiennent les pouvoirs en conservent jalousement le périmètre sacré.

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    Le problème de notre société, ce n'est pas tant le racisme que l'inégalité structurelle des chances, l'absence de porosité sociale, les rigidités systémiques qui entravent l'ascension d'individus qui, en raison de leurs stigmates (couleur de peau, lieu de résidence, origine sociale, etc.), ne maîtrisent pas les codes, souffrent depuis le début d'une marginalisation que les institutions, malgré elles, orchestrent. L'école (collège et lycée) étant de ce point de vue devenue la machine à créer et à pérenniser des inégalités la plus formidable qui soit !

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    L'inégalité des chances est générale. Elle concerne bien sûr les Français que l'on dit (mais qui ne se disent jamais) « issus de l'immigration », c'est-à-dire d'origine étrangère, mais pas seulement. Trop de gens sont aujourd'hui dans les contre-allées de l'ascension sociale, en raison de leur origine, de leur religion, de leur lieu de résidence, de leur handicap, de leur sexe ou encore de leur âge. Et bien souvent les stigmates se superposent, s'accumulent, produisant une sédimentation de problèmes, de tristesse.

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    Le discours sur la diversité ne peut omettre ces gens-là. Il ne peut se focaliser sur le critère culturel, ou ethnique, car il laisse de côté des catégories essentielles de la population qui, elles aussi, se trouvent à l'écart des lieux où s'exercent les pouvoirs en raison de processus de ségrégation de facto, non institutionnalisés bien sûr, qui figent les situations de départ et, donc, les inégalités de départ.

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    En vérité, le grand problème avec la diversité – et ce problème saute de plus en plus aux yeux -, c'est que celle-ci n'a jamais été conceptualisée. En l'état, et malgré quelques tentatives intéressantes de formalisation du concept (voir le rapport de M. Wieviorka sur la diversité dans l'éducation nationale), elle ne vaut rien. Elle n'a pas de contenu. Elle est vide de sens. Ou plutôt, elle n'a que le sens que lui prête celui qui l'utilise. Cette situation n'est pas satisfaisante. Elle en devient même contre-productive car la « diversité » est en train de constituer un alibi : se contenter d'en parler exonère de toute responsabilité d'agir.

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    KA

     


  • Commentaires

    1
    emilie
    Samedi 29 Novembre 2008 à 11:20
    article
    bon article de "deconstruction",on attend la suite !
    2
    redbull
    Dimanche 30 Novembre 2008 à 17:32
    belgique
    pourquoi ce décalage entre la france et la belgique (ou je vis) au sujet de la diversite. ici, cela fait des dizaines d'années que l'on en parle et que c'est meme une sorte de nécessité nationale alors meme que je pense que la situation est plus grave en france... ce pays est-il plus raciste ?
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