• Retour sur les propositions de Ségolène Royal

    La fermeté de Ségolène, avancée relative ou échec programmé ?


     

    On entend comme un bruit de bottes et un air martial au PS ! Ca ne lui ressemble pas et, d’après les sondages, cela plait ! Car traditionnellement, le parti socialiste apparaît peu enclin à s’exprimer sur ce thème fondamental de la sécurité. Hormis Jean-Pierre Chevènement et Daniel Vaillant, les deux ministres de l’Intérieur successifs du gouvernement de Lionel Jospin, rares furent ceux qui osèrent défendre avec quelque conviction le « droit à la sécurité », autrement dit davantage de fermeté face à la délinquance et l’articulation d’une politique de prévention à une politique de répression.

    Ségolène Royal, ces temps-ci, tente donc de s’inscrire dans cette lignée en s’appropriant, tout à fait légitimement du reste, un thème cher aux Français et largement abandonné aux partis de droite et d’extrême-droite : la sécurité. Cela appelle plusieurs remarques.

    D’abord, dans une optique présidentielle, il n’est pas illogique de vouloir s’emparer de ce thème afin de se démarquer des autres candidats à la candidature socialiste. Ceux-ci, en effet, de Jack Lang à Larent Fabius, sont restés tragiquement muets dans ce domaine (comme dans tant d’autres, hélas !). Et même si, dans une perspective de premier tour, il peut être dangereux de jouer le second tour en rassemblant au-delà du seul électorat PS, aucun candidat, désormais, ne peut prendre le risque, encore plus grand, de se taire sur ce thème majeur de la sécurité.

    Ensuite, il n'est pas non plus aberrant, pour une candidate social-démocrate, de s'attaquer au problème de l'insécurité. Le démocrate Bill Clinton l'a fait en 1992 à travers le fameux slogan : "War on crime" (Faisons la guerre à la délinquance), et le néo-travaillisteTony Blair lui a emboité le pas en 1997 en formulant la doctrine suivante : "Tough on crime, tough on the causes of crime" (ferme face à la délinquance, ferme face à ses causes). La sécurité, pour un parti social-démocrate, n'est donc pas un sujet tabou.

    Cela étant dit, que propose Ségolène Royal ? Quatre mesures, essentiellement, retiennent l’attention : le placement des collégiens perturbateurs dans des « internats-relais », la mise sous tutelle provisoire des allocations familiales, le placement « dans des établissements à encadrement militaire pour apprendre un métier un réaliser un projet humanitaire » des délinquants de plus de 16 ans, la création d’une « école des parents ».

    Concernant les internats-relais, il faut immédiatement préciser que, en soi, ce n’est pas une proposition révolutionnaire, ni de façon générale, ni pour la gauche en particulier, dans la mesure où ce type d’établissements existe depuis la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998 (article 142) et sont destinés à accueillir des jeunes en voie de déscolarisation. Au surplus, la mise sous tutelle des allocations familiales existe elle aussi depuis l’adoption, le 9 mars 2006, de la loi sur l’égalité des chances (laquelle prévoit, en son article 48, la possibilité de suspendre provisoirement les allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire).

    Les dispositifs-relais, tels que les internats ou, plus simplement les classes ou les ateliers, ne participent pas à proprement parler d’un principe répressif. En réalité, tout dépend de l’encadrement. Si celui-ci a une coloration répressive, alors le dispositif devient répressif. Si l’encadrement est préventif ou pédagogique, alors le dispositif perd totalement son caractère répressif. Or que propose donc Ségolène Royal ? Un projet répressif visant à « corriger » ces jeunes et à les faire « rentrer dans le rang », ou bien un projet pédagogique visant à les aider à s’intégrer dans leur environnement, à les faire accepter la dimension collective, à les accompagner scolairement ? On ne le sait pas. Sauf, peut-être, si l’on se réfère à l’autre proposition-phare de Madame Royal : l’encadrement militaire pour les délinquants de plus de 16 ans. A ce stade-là, on discerne une logique, fondamentalement décorrélée de toute dimension sociale ou préventive. Car un « encadrement militaire », de fait, n’a pas vocation à assurer l’accompagnement scolaire ou l’intégration sociale et, sauf à repenser de A à Z l’institution militaire, il n’a pas non plus vocation à aider les jeunes à construire un projet pédagogique, personnel, positif.

    La même réserve prévaut pour la dernière proposition de Ségolène Royal : une école des parents. Outre que le principe, pour n’importe quels père ou mère de famille, est choquant, il renvoie à une autre question : une école pour quoi ? Une école pour faire quoi ? Pour remettre les parents, là encore, dans le « droit chemin », pour leur apprendre comment « corriger » leurs enfants ? Pour leur apprendre, pire encore, à « être de bons parents » ? Ou bien sera-ce une école d’accompagnement, de soutien, d’aide ? Et puis qui en dispenserait l’enseignement ? Des professeurs ? Des militaires ? D’autres parents ?!!

    Toutes ces propositions relèvent en réalité du bric-à-brac, de l’effet de signal. Rien n’est pensé, argumenté, articulé à un projet véritable. La dimension répressive est seulement contenue dans un vocabulaire vaguement martial, dans des dispositions qui existent déjà et dans des formules que, par réflexe, tout un chacun assimilera à une politique plus ferme et plus répressive.

    Enfin, il serait utile et légitime de définir ce que pourrait être une politique de sécurité de gauche, laquelle doit reposer sur deux fondements majeurs : fermeté et justice, l’une ne pouvant qu’être fortement articulée à l’autre. Ce n’est, semble-t-il, par la direction choisie par Ségolène Royal, qui se contente de jeter en pâture à l’opinion des formules en pensant la caresser dans le sens du poil.

    Un exemple. Défendre l’idée d’une mise sous tutelle, voire d’une suspension, des allocations familiales, cela peut paraître séduisant tant sont connus les abus, mais quel en sera le résultat ? La pénalisation, mécanique, de tous les autres membres de la famille et, au total, leur versement programmé dans la délinquance. Défendre une telle idée, pour une candidate de gauche, outre que cela est irresponsable sur le plan du résultat escompté, c’est s’inscrire à l’exact opposé de toutes la valeurs qui fondent encore la gauche.

    Oui à la fermeté, mais pas sans justice sociale, pas sans une lutte acharnée contre les inégalités, pas sans le souci constant de placer l'éducation au coeur de l'action, pas sans la restauration de valeurs républicaines positives et non tournées vers le passé, pas sans espoir ni vertu. Ségolène Royal a raison de se placer sur le terrain sécuritaire, trop longtemps abandonné, mais elle ne doit pas, en candidate de gauche, le faire prévaloir sur le traitement social et préventif : elle doit trouver la bonne articulation entre les deux. Or c’est sur ce plan-là que la gauche a une carte stratégique à jouer. Si elle exploite la demande de répression dure, de sanction ferme, qui émane du corps social, elle s’enfermera dans un cercle vicieux qui la disqualifiera d’emblée pour une raison très simple, comme en 2002 du reste : sur le seul aspect répressif, la gauche ne pourra jamais être plus crédible que la droite ! Rien ne sert donc de l’imiter, de la copier, a fortiori lorsqu’on a passé ces dernières années à s’opposer avec la plus grande constance à tout ce que le gouvernement a proposé en matière de sécurité intérieure !


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