• Sarkozy, les révolutions et la peur

    Je publie aujourd'hui dans Libération une tribune dont voici le texte :

     


    Sarkozy, les révolutions et la peur

     

    Le frisson de la liberté balaye l’une après l’autre les tyrannies, au sud, et qu’entend-on gronder chez nous ? Dans le pays de des droits de l’homme qui a su porter si haut ses valeurs qu’elles ont résonné dans le monde pendant deux siècles, nous n’entendons que le bruit sourd de la peur et de la couardise.

    Or cette peur-là ne nous est pas consubstantielle. Elle est fabriquée en haut, sur les cimes du pouvoir, et elle dégouline, suinte lentement sur nos visages effarouchés. Et que l’on ne s’y trompe pas : il s’agit bien d’une tactique.

    Il faut épouvanter, d’abord. Les révolutions arabes et l’ivresse de la liberté deviennent dans la bouche de nos gouvernants des dangers qui sourdent à nos portes et, tels des vaisseaux fantômes chargés d’âmes damnées, risquent de nous submerger si nous n’y prenons pas garde. Le président de la République, lors de son allocution télévisée, nous disait, droit dans les yeux, en parlant de ces révolutions que certains comparent à la chute du mur de Berlin : « Ce changement est historique, nous ne devons pas en avoir peur. » Mais quel meilleur moyen, en disant cela, de susciter la peur des gens, chez eux, dans le creux de leur foyer où, en quelques minutes, par l’enchaînement de mots chargés d’épouvante – « crise économique », « extrémisme religieux », « fondamentalisme », « terrorisme »… -, c’est presque l’image hideuse de Charles Martel à la tête de l'armée combattant l’invasion Sarrazine qui apparaît dans le clair-obscur du discours ! Que les Arabes fassent la révolution, c’est bien, tant mieux pour eux, mais qu’ils en profitent pour débarquer en masse sur nos côtes, voilà le vrai danger. Alors plus loin, consciencieusement, il martèle, pour que ce soit très clair pour les 17 millions de téléspectateurs : « Si toutes les bonnes volontés ne s'unissent pas pour les faire réussir, ils peuvent aussi bien sombrer dans la violence et déboucher sur des dictatures pires encore que les précédentes. Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme. C'est toute l'Europe alors qui serait en première ligne. » Cela dura sept minutes et, dans cet instant pathétique, la soif de démocratie, le courage des peuples arabes et toutes leurs belles révolutions s’écrasèrent comme de petits cailloux sur le mur du stratagème politique. Pour beaucoup, ce soir-là, à travers les mots du président le monde arabe devint un Léviathan.

    La crainte est encore une fois l’arme qu’a choisi notre président pour gagner les élections. Alors il faut encore, et jusqu’au bout, que cette peur se déploie rigoureusement, qu’elle produise ses effets en s’insinuant dans chacune des pores du tissu national. Brandir la menace d’un déferlement d’immigrés ou lancer un nouveau débat sur l’islam au moment où le monde musulman se réclame de nos lumières sont les deux visages de cette tactique. Et lorsque c’est au nom de la République que ces fautes sont commises, c’est la République elle-même qui est alors souillée.

    A l’heure où tonne la liberté dans l’une des régions du monde les plus liberticides, c’est le pays où est née cette liberté qui est aux abonnés absents. Ce qui est en jeu, c’est ce que nous sommes et d’où nous venons ; c’est notre histoire et nos valeurs communes. Que l’on soit de droite ou de gauche n’a aucune importance. Nous ne pouvons plus rester indifférents.

    En vérité, nous sommes tous, par le fait de ce Président et de sa politique, devenus myopes et amnésiques : nous n’avons plus aucun souvenir du poids de la liberté et du prix de sa conquête ; nous préférons craindre pour nous-mêmes, nous regarder le nombril, parce qu’on nous y encourage.

    Nous devons tous se poser cette question car le monde entier se la pose : où est donc passée la France ?

     

    Karim Amellal

     


  • Commentaires

    1
    Salma
    Mardi 8 Mars 2011 à 09:53
    article
    merci pour ce beau texte qui résume parfaitement ma pensée
    2
    Sonia T.
    Mardi 8 Mars 2011 à 14:50
    tribune sarkozy
    Bonjour Monsieur Amellal, je vous félicite pour cet article qui fait beaucoup de bien. Vous avez résumé avec vos (beaux) mots le fond de ma pensée. Nous sommes beaucoup à vous soutenir dans ce que vous faites. Bon courage.
    3
    Eric Brèze
    Mercredi 9 Mars 2011 à 00:31
    votre article
    bonjour, je découvre avec beaucoup d'intéret votre traval et ce que vous faites. Dommage que l'on n'entende pas plus de gens comme vous sur ces sujets très polmiques. Bravo et continuez. Cordialement
    4
    Henri
    Mercredi 9 Mars 2011 à 17:54
    Un article que j'apprecie, mais il contient une erreur
    Vous ecrivez: "l’image hideuse de Charles Martel à la tête de l’invasion Sarrazine". A ma connaissance, Charles Martel n'a pas pris la tete de l'armee sarrazine, il etait le chef de l'armee qui a vaincu les sarrasins. Peut-etre s'agit-il d'une tournure de style d'un genre ou d'un autre, mais pour ma part je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Tout ceci obscurcit le propos d'un article qui denonce une derive bien reelle. C'est tres dommage.
    5
    Henri
    Mercredi 9 Mars 2011 à 17:54
    Un article que j\'apprecie, mais il contient une erreur
    Vous ecrivez: \"l’image hideuse de Charles Martel à la tête de l’invasion Sarrazine\". A ma connaissance, Charles Martel n\'a pas pris la tete de l\'armee sarrazine, il etait le chef de l\'armee qui a vaincu les sarrasins. Peut-etre s\'agit-il d\'une tournure de style d\'un genre ou d\'un autre, mais pour ma part je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Tout ceci obscurcit le propos d\'un article qui denonce une derive bien reelle. C\'est tres dommage.
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